Vieillissement : quand notre microbiote intestinal influence la fragilité du corps

Alors que la population vieillit de plus en plus, prévenir la perte d’autonomie devient un enjeu majeur de santé publique. Des chercheuses et chercheurs toulousains s’intéressent à un acteur encore méconnu mais essentiel : notre microbiote intestinal. Leurs travaux, menés dans le cadre de l’IHU HealthAge et grâce à sa cohorte Inspire-T, ouvrent de nouvelles pistes pour retarder la fragilité et favoriser un vieillissement en bonne santé.

Occitanie Pyrénées
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D’ici 2030, l’OMS prévoit qu’une personne sur six dans le monde aura plus de 60 ans. Avec l’âge, la santé se fragilise, augmentant le risque de maladies et de perte d’autonomie. Une étape clé de ce vieillissement en mauvaise santé est ce que l’on appelle le syndrome de fragilité. Ce syndrome touche environ 10% des personnes de plus de 65 ans et ce manifeste par une baisse générale des réserves physiques et biologiques, rendant les personnes plus vulnérables aux maladies, aux chutes, à la dépendance et même à la mortalité. 

Dans ce contexte, des chercheuses et des chercheurs de l’Inserm, du CHU de Toulouse et de l’Université de Toulouse, mené par Jean-Paul Motta, chercheur Inserm à l’Institut de recherche en santé digestive (IRSD – Inserm / INRAE / Université de Toulouse / ENVT) et Guillaume Le Cosquer, clinicien au CHU de Toulouse et doctorant au sein de cette même équipe, réunis au sein de l’IHU HealthAge, se sont intéressés à un moment clé du vieillissement : la pré-fragilité, une phase précoce du syndrome, où les personnes âgées commencent à perdre en robustesse, sans être encore totalement fragiles. Pour cela, ils se sont appuyés sur les cohortes humaines et murines Inspire‑T françaises afin de mieux comprendre les mécanismes du vieillissement et ainsi favoriser une longévité en bonne santé.

L’une des découvertes majeures du projet concerne le microbiote intestinal, c’est-à-dire l’ensemble des micro-organismes présents dans notre intestin. En s’appuyant sur des échantillons biologiques provenant de la cohorte humaine Inspire‑T, les chercheurs toulousains ont observé une transformation du microbiote chez les personnes dites « pré-fragiles ». Celui-ci tend à devenir plus virulent, sa structure sous forme de communauté complexe (biofilm) se modifie, avec une réduction de la biomasse et une plus grande dispersion des bactéries, qui interagissent alors plus activement avec l’hôte, provoquant des réactions inflammatoires locales et systémiques et la dégradation de la santé intestinale. Ces altérations du biofilm seraient liées à l’état de santé général et pourraient donc servir d’indicateurs précoces du vieillissement.

Sur ces images, on peut observer les bactéries intestinales (en rouge) près de la paroi du côlon (cellules en bleu, mucus et sucres en vert) chez un modèle murin jeune (1ère image), un âgé en bonne santé (2ème image) et un âgé pré-fragile (3ème image). Chez le modèle pré-fragile, les bactéries sont plus proches du tissu, davantage désorganisées, signe possible d’un déséquilibre du microbiote au cours du vieillissement non réussi. © Inserm _ Melissa Pannier/Jean-Paul Motta

Pour vérifier l’impact de ce microbiote modifié, les scientifiques ont cherché à confirmer si les premiers signes de pré-fragilité pouvaient influencer l’organisation du microbiote intestinal dans le côlon. Pour cela, ils ont utilisé des modèles murins issus de la cohorte Inspire‑T. Les modèles recevant le microbiote pré-fragiles développaient une inflammation intestinale bien plus marquée que ceux ayant reçu le microbiote jeune ou âgées mais en bonne santé. Ces résultats ont permis de confirmer que l’état de pré-fragilité chez les personnes âgées s’accompagne d’un dérèglement du biofilm intestinal, et de l’apparition d’un microbiote plus agressif.

La bonne nouvelle ? cette altération du microbiote, appelée dysbiose, n’est pas irréversible. En expérimentant l’ajout d’un prébiotique riche en polyphénols, les chercheurs ont pu observer que cela permettait de rétablir un microbiote plus équilibré en termes d’organisation et avec une capacité réduite d’induction d’inflammation. Un retour vers un état de robustesse serait donc encore possible.

Ces résultats, publiés dans npj Biofilms et microbiomes, ouvrent des perspectives pour développer, à terme, des stratégies nutritionnelles ou thérapeutiques permettant de prévenir ou ralentir le développement de la fragilité.