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Jean-Claude Sarron : « La gestion de crise ne s’improvise pas, le meilleur allié est l’anticipation »

Chaque organisme de recherche public dispose d'un fonctionnaire de sécurité-défense. En cette période de crise sanitaire, décryptage de cette fonction particulière et méconnue avec Jean-Claude Sarron, fonctionnaire de sécurité-défense de l'Inserm.​

National
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Pouvez-vous nous parler de votre parcours ? 

J’ai étudié la médecine à Lyon avant d’exercer comme médecin des armées au sein d’un régiment de transmissions. Puis j’ai rejoint la Direction générale de l’armement, où j’étais chargé de la protection des soldats contre les risques environnementaux (nucléaires, biologiques et chimiques, accélérations, hyperbarie, chaleur…). En 1995, j’ai effectué une thèse sur la simulation numérique qui m’a permis de conduire des recherches appliquées en traumatologie et en impactologie, notamment dans un cadre international avec les pays de l’Otan. À la fin de ma carrière militaire, je me suis concentré sur des programmes de télémédecine et sur un système de régulation des blessés pour l’organisation des évacuations médicalisées du terrain jusqu’en métropole. Je suis arrivé en 2016 à l’Inserm, comme fonctionnaire de sécurité-défense, détaché par le ministère des Armées. Tout au long de ma carrière j’ai connu des situations préoccupantes et d’extrême urgence, comme l’évacuation de blessés. Mais la crise du Covid-19 est la plus vaste crise collective que j’ai eu à gérer. 

Quelles sont vos missions au sein de l’Inserm ? 

L’Inserm, comme tout organisme de recherche public, dispose d’un fonctionnaire de sécurité-défense. Je suis directement rattaché à la direction générale. Ma mission est de protéger les biens et les personnes de l’Institut contre les dangers, les ingérences extérieures et les malveillances. Dans le cadre du dispositif de protection du potentiel scientifique et technique de la Nation, j’assure la protection intellectuelle et industrielle des résultats des recherches menées à l’Inserm. Cela recouvre les savoirs et savoir-faire stratégiques, les innovations, les connaissances scientifiques, les collections biologiques, les brevets… 

Je me déplace dans les unités, notamment dans les laboratoires de sécurité maximale, pour vérifier les habilitations et la sureté des lieux. J’émets des avis sur les missions des chercheurs à l’étranger et dans les zones qui présentent des risques sanitaires, sécuritaires, ou naturels comme les cataclysmes. En matière de gestion de crise je suis dans une dynamique d’analyse des risques. Je m’assure que le dispositif de situation d’urgence est toujours opérationnel. Ainsi l’Institut dispose d’un système permanent de veille et d’alerte. Ces dernières années, la priorité était d’être certain que les plans Vigipirate, Biotox et Piratox étaient bien appliqués en cas de menace directe des structures de l’Inserm. 

Quelles sont les étapes de la gestion de crise ?

Dans la gestion de crise, le maître-mot est la résilience. Il faut pouvoir rebondir. Nous sommes dans un processus dynamique cyclique avec quatre grandes étapes : la préparation de la crise, la résistance durant la crise, le retour à la normale (bien souvent différent de la situation pré-crise) et la phase du retour d’expériences.

Prenons l’exemple de la crise du Covid-19. L’Inserm a un statut particulier dans cette crise sanitaire. L’Institut est à la fois acteur, car nos chercheurs doivent trouver des solutions à cette épidémie, et victime, puisqu’il faut protéger nos personnels de la maladie. C’est un peu comme s’il y avait le feu chez les pompiers…

Dans la gestion de crise, on n’improvise jamais : le meilleur allié c’est l’anticipation. Dès 2017, nous avons préparé un plan de continuité d’activités. Au début de l’épidémie, nous avons déroulé ce plan et activé les cellules de crise pour garantir le maintien des activités essentielles comme la gouvernance, l’expertise scientifique ou le paiement des salaires. Nous avons également protégé l’activité de recherche, essentielle à la Nation. Enfin, via le consortium REACTing, nous avons répondu aux demandes d’expertises de l’État.

Pendant la crise, il a fallu minimiser les risques et la vulnérabilité de l’Institut. L’objectif était de ne pas céder à la panique, de gérer l’incertitude, de donner de la clarté et de prendre les bonnes décisions pour réduire les effets de la pandémie sur notre organisation.Le plan de reprise d’activités découle directement du plan de continuité. À mon sens, ce terme n’est pas tout à fait approprié pour l’Inserm car il n’y a pas eu d’arrêt. Nous avons maintenu nos activités de recherche et les personnels se sont adaptés, notamment grâce au télétravail. Cette adaptabilité est liée une fois de plus à la résilience ! Il est encore trop tôt pour dresser un bilan des dispositifs mis en place, mais il faut s’attendre à un changement, notamment dans le mode d’organisation du travail.

Quelles sont les qualités d’un f​onctionnaire de sécurité-défense ?

Je dirai qu’il faut avoir le sens de l’écoute et un bon relationnel avec les partenaires et les cotutelles. Par ailleurs, comme dit Descartes « Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée (…) », c’est une qualité essentielle pour occuper ce poste. Mais le bon sens ne suffit pas, il faut également être méthodique et ne pas hésiter à remettre en doute les idées reçues.