Déchets opératoires, ressources pour la recherche

À Reims et Rennes, la collaboration entre équipes soignantes et chercheurs illustre une dynamique nationale. La recherche en santé y progresse grâce à des échantillons issus du soin, utiles pour mieux comprendre la BPCO, la mucoviscidose ou encore l’asthme.

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L’unité Pathologies pulmonaires et plasticité cellulaire (P3Cell) collabore avec une structure rennaise relevant du service public hospitalier, autour de polypes naso-sinusiens retirés au bloc opératoire dans le cadre des soins. Ces prélèvements offrent un matériau précieux pour étudier de nombreuses pathologies respiratoires. « Un seul prélèvement de polype peut fournir de quelques milliers à plusieurs dizaines de millions de cellules », souligne Céline Muselet, ingénieure en collections biologiques au sein de P3Cell. 

Une fois l’échantillon arrivé au laboratoire, les cellules d’intérêt sont isolées, puis mises en culture afin de reconstituer un modèle cellulaire proche de la réalité biologique d’un patient. Ce matériel est ensuite utilisé pour tester des molécules et identifier de nouveaux biomarqueurs.

Un cadre rigoureux : la collection biologique

L’utilisation de ces prélèvements s’inscrit dans le cadre d’une collection biologique. Elle ne relève pas d’une recherche impliquant la personne humaine, mais correspond à un ensemble de prélèvements constitués et conservés à des fins scientifiques.

Ce cadre impose une déclaration préalable, le recueil du consentement du patient, ainsi que des exigences en matière de traçabilité et de protection des données. Les données associées sont anonymisées et limitées aux informations utiles à la recherche.

Maintenir la qualité des échantillons

Au bloc, les prélèvements sont préservés grâce à des boîtes contenant un milieu de conservation fourni par l’équipe de recherche. Ils sont ensuite conditionnés selon la règle du triple emballage : un contenant primaire étanche, un emballage secondaire avec matériau absorbant, puis un emballage extérieur rigide assurant la protection et la sécurité durant l’acheminement.

Les infirmières de bloc opératoire, spécialisées en ORL, jouent un rôle central dans cette organisation. Elles veillent à la disponibilité du matériel et des produits de conservation, au suivi du stock des cartons et boîtes de transport, à l’impression des bons d’acheminement et au maintien au froid de l’échantillon, en particulier en cas d’envoi différé. Du côté du chirurgien, ce travail s’accompagne aussi d’une charge organisationnelle importante : « L’actualisation des questionnaires cliniques, le bilan biologique, la récupération des explorations fonctionnelles respiratoires et le tri des prélèvements vers plusieurs équipes rendent ce travail chronophage. Mais après presque 20 années de collaboration, l’envie est toujours là », rappelle le Dr Ruaux, chirurgien ORL. Pour entretenir cette dynamique, il partage aussi avec les secrétaires et les infirmières de bloc les publications issues de ce travail, qu’il commente avec elles. 

Le transport, point le plus sensible 

Dans un bloc opératoire de 18 salles, où se croisent de multiples circuits, la gestion des échantillons exige une vigilance constante. Dans ce contexte, une erreur d’adressage reste toujours possible, même si « la plus grande difficulté demeure de s’assurer du passage en temps voulu du transporteur », rappelle le Dr Ruaux.

Dès leur prélèvement, les échantillons entrent dans une phase dite d’ischémie froide, durant laquelle ils ne sont plus irrigués. Si les conditions, notamment de température, ne sont pas maîtrisées, leurs propriétés peuvent être altérées. Ils doivent donc être maintenus à température contrôlée jusqu’au laboratoire, généralement en moins de 24 heures, afin de préserver leurs qualités biologiques.Fruit d’une collaboration étroite entre soignants et chercheurs, ces étapes rappellent que la recherche en santé se construit grâce à une chaîne d’acteurs engagés, du bloc opératoire au laboratoire, au service des patients.