La neuroinflammation, ce processus inflammatoire à l’intérieur du cerveau, est souvent associée à de nombreuses maladies neurodégénératives, ou encore à des infections comme le SARS-CoV‑2 ou le parasite Toxoplasma gondii.
Ce dernier, infecte près d’une personne sur trois et peut, la plupart du temps, persister silencieusement dans les neurones, générant une inflammation chronique. Depuis longtemps, les scientifiques soupçonnaient ce parasite de provoquer des troubles cognitifs, mais le mécanisme moléculaire restait quant à lui un mystère.
Une collaboration entre neuroscientifiques menés par Elsa Suberbielle, et d’immunologistes, menés par Nicolas Blanchard, de l’Institut toulousain des maladies infectieuses et inflammatoires (unité 1291 Inserm/Université de Toulouse/CNRS – Infinity), vient d’apporter une réponse.
Dans cette étude, les scientifiques ont découvert que la mémoire, en particulier la mémoire spatiale, celle qui nous permet par exemple de nous rappeler où nous avons laissé nos clés ou de retrouver notre chemin, repose sur un équilibre délicat entre cassures et réparations de l’ADN dans les neurones. Or, l’inflammation provoquée par le parasite Toxoplasma gondii libère une molécule, l’interleukine‑1, qui vient perturber cet équilibre essentiel au bon fonctionnement de la mémoire. Résultat, quand cet équilibre est rompu, les neurones ne parviennent plus à encoder efficacement les informations, et des déficits de la mémoire apparaissent.
Mais bonne nouvelle : en bloquant cette molécule inflammatoire ou le mécanisme de détection et de réponse aux cassures de l’ADN dans les neurones, les chercheurs ont réussi à prévenir les troubles de mémoire dans leurs modèles expérimentaux.

Ces travaux apportent pour la première fois une compréhension précise de la façon dont une infection chronique peut altérer la mémoire. Elle est d’autant plus importante que le mécanisme identifié n’est pas spécifique à la toxoplasmose. L’interleukine 1 est également retrouvée dans de nombreuses maladies inflammatoires chroniques.
Les résultats de cette étude pourraient ouvrir la voie à des traitements bien au-delà de cette infection. Cela pourrait permettre de comprendre et protéger la mémoire dans divers contextes, qu’ils soient liés à des infections, à des états dépressifs ou à des maladies neurodégénératives.
Pour en savoir plus consulter l’article dans Nature Neuroscience