Plonger au cœur de la recherche scientifique, c’est comprendre les défis, les découvertes et les passions qui animent ceux qui consacrent leur vie à l’exploration du savoir. Dans cet article, nous mettons en lumière le parcours de Andres Pizzorno
1. Présentation personnelle
Je m’appelle Andres Pizzorno, je suis Chargé de Recherche (CRCN) Inserm en virologie au sein de l’équipe VirPath du Centre International de Recherche en Infectiologie (CIRI) de Lyon. Mon parcours académique a commencé par une licence en biochimie en Uruguay, suivie d’une maitrise et une thèse en microbiologie-immunologie à l’Université Laval de Québec, sous la direction du Prof. Guy Boivin. Durant ma thèse, nous avons initié une collaboration internationale de recherche avec l’équipe VirPath, co-dirigé par le Dr. Manuel Rosa-Calatrava (DR Inserm). Suite à cette collaboration, Manuel Rosa-Calatrava m’a proposé de rejoindre son équipe en tant que chercheur post-doctoral, ce que j’ai fait entre 2015 et 2018 et qui m’a amené, entre autres choses, à cofonder la start-up Signia Therapeutics, dont j’ai été Directeur Scientifique pendant 3 ans. Depuis 2021, je suis revenu en tant que chercheur à temps plein dans l’équipe, pour développer avec mon groupe une nouvelle thématique de recherche, toujours sur les virus respiratoires.
1.2 Pourquoi avoir rejoint l’Inserm ?
J’ai choisi de rejoindre l’Inserm car cela correspondait parfaitement à ma vision de la recherche. La quête de l’excellence scientifique, la projection internationale, et les thématiques de recherche en santé humaine menées au sein de l’Inserm étaient en accord avec mes ambitions et ma conception de comment on devrait faire de la science de pointe pour répondre aux grandes questions biologiques. J’ai aussi particulièrement apprécié sur le fond et la forme les discussions lors de l’audition orale de mon concours à l’Inserm, pendant laquelle je me suis senti à ma place, ce qui a conforté mon choix.
2. Quel est ton thème de recherche
Mon thème de recherche au sens large c’est l’étude des virus respiratoires, et particulièrement ceux avec un impact majeur sur la santé humaine. C’est le cas des virus influenza responsables de la grippe, le virus respiratoire syncytial et le metapneumovirus humain, responsables des bronchiolites et les coronavirus, responsables entre autres de la COVID-19.Les deux questions scientifiques centrales de mes recherches sont assez simples dans leur formulation mais bien moins dans la quête de leurs réponses : pourquoi certains d’entre nous sommes plus proclives que d’autres à faire des infections respiratoires virales sévères ? et comment peut-on rendre le corps humain moins vulnérable à ces infections respiratoires virales ?
2.2 Pourquoi avoir choisi ce sujet ?
Mon intérêt pour les virus respiratoires est né au cours d’un stage en virologie pendant ma licence en biochimie en Uruguay, puis s’est renforcé lors de mes travaux de recherche de maitrise à Québec, coïncidant avec la pandémie de grippe H1N1 en 2009 – 2010. Ce moment a été un tournant, renforçant mon attrait pour les virus respiratoires, que j’ai continué à étudier jusqu’à ce jour,
3. Quelle est ta problématique principale
Les voies respiratoires supérieures, notamment le nasopharynx, sont la principale porte d’entrée (infection) et de sortie (transmission) des infections respiratoires virales. L’épithélium des voies respiratoires joue un rôle clé en tant que première ligne de défense des poumons contre les infections, en agissant non seulement comme une barrière physique mais aussi en régulant finement les réponses immunitaires innées et adaptatives. Les réponses immunitaires précoces induites localement dans le nasopharynx sont des déterminants majeurs et du devenir des infections virales respiratoires, y compris la physiopathologie et la transmission. Mes recherches visent à avancer notre compréhension des mécanismes cellulaires de ces réponses mais aussi des interactions avec les stratégies mises en place par les différents virus respiratoires pour y échapper. Ce constant « jeu du chat et de la souris » entre notre système immunitaire et les différents virus respiratoires est aussi passionnant que complexe, et nécessite d’une meilleure connaissance du fonctionnement des deux acteurs, virus et cellule, dans le contexte de l’infection. C’est la première étape afin de trouver des moyens pour que les cellules de notre corps puissent mieux se défendre contre ces virus au lieu de toujours se concentrer sur leur destruction, et ainsi développer des stratégies prophylactiques et thérapeutiques plus efficaces.
3.2 Pourquoi cette problématique est-elle importante selon toi ?
Cette problématique est essentielle pour la science et la société, car les infections respiratoires sont la première maladie transmissible ainsi que la quatrième cause de mortalité dans le monde et car notre arsenal prophylactique et thérapeutique reste très limité. Nous avons vu l’impact massif des virus respiratoires ces dernières années, et certains d’entre eux laissent des séquelles à vie. La tendance mondiale vers une population vieillissante (et donc plus vulnérable aux infections) et les multiples émergences et réémergences des virus respiratoires à potentiel pandémique nous rappellent tous les jours de l’importance de travailler en amont notre capacité de mieux anticiper et mieux répondre à la prochaine crise sanitaire, afin de limiter leurs conséquences sur la santé des populations.
4. As-tu rencontré des défis dans ton parcours ?
Un défi important du point de vue scientifique et technique est celui des modèles expérimentaux dans lesquels nous générons nos données. Il est critique d’étudier ces interactions complexes au niveau de la muqueuse respiratoire dans des conditions biologiques le plus représentatives des conditions réelles, afin de réduire au minimum les biais fonctionnelles propres au modèle expérimental. Bien que le développement de ces modèles ait connu un avancement significatif cette dernière décennie en vue de mieux récapituler les aspects anatomiques et physiologiques de la muqueuse respiratoire, il reste encore du chemin à parcourir. Un autre défi que j’ai rencontré dans mon parcours c’est celui de faire concilier le décalage parfois existant entre le discours d’un système qui réclame une recherche ambitieuse du type « high risk – high gain » avec un certain conservatisme au moment d’évaluer et de véritablement miser sur des projets avec des idées un peu hors des sentiers battus, ce qui est bien moins le cas de l’autre côté de l’Atlantique.
4.2 Comment les as-tu surmontés ?
Par une recherche collaborative, multidisciplinaire et incrémentale dans le moyen-long terme. Pour moi l’intégration de différents domaines d’expertise c’est l’essence de la recherche moderne et celle qui nous permettra véritablement avancer pour aborder les grandes questions scientifiques complexes. Et je pense que, malgré ses nombreux aspects négatifs, la pandémie COVID-19 a permis à beaucoup d’acteurs de la recherche (laboratoires, agences de recherche, tutelles, etc) de prendre conscience de l’importance et de la puissance d’une recherche collaborative qui relie la recherche fondamentale et translationnelle, mais toujours centrée sur le patient et ses besoins. C’est la vision que nous avons toujours préconisé dans l’équipe et notamment à travers la création du Laboratoire International de Recherche RESPIVIR France – Canada, récemment labellisé par l’Inserm.
5. Quelles sont tes perspectives d’avenir
C’est un peu difficile d’anticiper l’avenir dans un domaine de recherche aussi actif que le nôtre, mais je considère qu’une des clés du succès passera par savoir mettre en synergie de façon créative et efficiente les différentes expertises, disciplines, et technologies dont nous disposons, afin de tirer le maximum profit de notre recherche.
5.2 As-tu des ambitions personnelles
Sur le court-moyen terme, je compte consolider et pérenniser mon groupe de recherche, notamment avec l’arrivé d’un nouveau thésard et idéalement des financements supplémentaires au niveau Français et Européen. Notre équipe s’apprête aussi à s’engager dans un consortium très ambitieux dans le domaine de la vaccination et de la réponse muqueuse, ce qui me gardera bien occupé mais aura également un effet potentiateur sur mes thématiques de recherche. Finalement, et en ligne avec la politique de l’Inserm, je tiens particulièrement à renforcer et développer davantage nos partenariats de recherche à l’international, plus particulièrement (mais non exclusivement) du fait de mon rôle de Directeur Scientifique du LIR RESPIVIR avec le Canada et d’Investigateur Adjoint au A*STAR ID Labs de Singapour.
6. Conclusion
Je travaille tous les jours avec mon équipe pour mener à bien une recherche scientifique moderne, rigoureuse et de qualité, à la hauteur de la confiance que l’Inserm m’a faite, pour permettre d’améliorer la prévention et la prise en charge des patients mais aussi afin de créer une société plus préparée, plus réactive et plus résiliente face aux virus respiratoires au potentiel épidémique et pandémique.