Mon parcours
Je suis Aurélie RONDON, chercheuse Inserm en radiopharmaceutiques et thérapies ciblées. J’ai suivi mes études à l’Université Grenoble Alpes, où j’ai obtenu une licence en chimie-biologie, puis un master en ingénierie de la santé et du médicament. Mon parcours m’a permis d’explorer les biotechnologies en M1, puis la chimie médicinale et la pharmacologie en M2.
C’est durant mes stages de recherche, notamment au laboratoire HP2 à Grenoble, que j’ai découvert la recherche appliquée et que j’ai su que c’était ce que je voulais faire.
J’ai donc poursuivi avec une thèse, à Clermont-Ferrand, à l’unité 1240 IMoST Inserm, où je me suis spécialisée dans les radiothérapies internes vectorisées. Mes travaux portaient sur le développement et la preuve de concept d’un traitement à base d’anticorps et de radionucléides, administrés séparément en deux temps pour cibler les tumeurs métastatiques du péritoine et de l’abdomen.
Après ma thèse, j’ai choisi de rester dans la recherche académique plutôt que de partir dans l’industrie. J’ai fait un premier post-doctorat de 2 ans en Belgique, au Louvain Drug Research Institute, situé à Bruxelles, où j’ai travaillé sur le développement de nouvelles nanomédecines à base de [AR1] nanobodies pour l’administration pulmonaire en vue de traiter l’asthme et la mucoviscidose. Puis, à la suite de la crise du Covid, j’ai décidé de poursuivre mon aventure postdoctorale aux Etats-Unis en rejoignant le prestigieux Massachusetts Institute of Technology (MIT), à Boston-Cambridge, où j’ai travaillé pendant trois ans dans le développement de peptides thérapeutiques. J’y ai géré de nombreux projets, en collaborations académiques et industrielles, qui ont abouti à plusieurs preuves de concepts précliniques de candidats peptides thérapeutiques pour le traitement de cancers (mélanome) et de maladies cardiométaboliques (diabète de type II, obésité et hypertension).
Pourquoi avoir choisi l’Inserm ?
L’Inserm étant le leader français de la recherche académique biomédicale, cela était une évidence et un objectif pour moi de l’intégrer en tant que chercheur. Au-delà des aspects thématiques, ce qui m’a particulièrement attiré, c’est la liberté que l’on a en tant que chercheur, de choisir nous-mêmes nos propres axes et projets de recherche, ains que notre laboratoire d’accueil. La grande place accordée par l’Inserm à la créativité, à l’innovation et aux idées me plaît beaucoup et correspond totalement à ce que je recherchais.
J’avais aussi une forte volonté de revenir en France, pour être plus proche de ma famille. Le confort d’un poste stable à l’Inserm dès la réussite au concours, contrairement aux Etats-Unis où il faut compter encore minimum 5 ans avant d’être titularisé, a également joué dans ma décision.
Ma thématique de recherche
Je travaille actuellement sur le développement de nouveaux peptides radiopharmaceutiques pour le traitement du cancer, et en particulier de la carcinose péritonéale d’origine pancréatique. La carcinose péritonéale est un stade avancé très fréquent (centaines de milliers de cas / an) dans de nombreux cancers (colorectal, pancréas, ovaire, sein, mélanome, etc.). Les métastases colonisent les organes et les parois de l’abdomen et sont très difficiles à détecter et à éradiquer, ce qui provoque un mauvais pronostique (inférieur à 10% sur 5 ans). Il est donc nécessaire de trouver une solution pour améliorer les chances de survie des patient.
L’idée est de développer des peptides conjugués à un radionucléide, qui vont aller détruire les tumeurs de l’intérieur. En synthétisant des peptides avec une forte affinité pour les tumeurs et qui ont une double action :
une toxicité intrinsèque associée à celle des irradiations provoquées par le radionucléide thérapeutique.
L’enjeu est que ces peptides soient très spécifiques afin de ne toucher que les cellules tumorales. Ces peptides sont modifiés chimiquement pour améliorer leur stabilité et leur activité biologique, et nous devons donc vérifier les impacts que ça va avoir sur la reconnaissance des tumeurs. Mon projet se situe ainsi à la croisée de la pharmacologie et de la chimie médicinale.
Pourquoi cette spécialisation ?
Je suis passionnée par les sciences biomédicales et la possibilité d’aider les patients qui sont en attente de prise en charge thérapeutique. Mon objectif est d’allier toutes mes expériences passées pour les intégrer dans une approche pluridisciplinaire, entre chimie, biologie, pharmacologie et biotechnologies. Ça me permet d’avoir une vision plus large de ma problématique et de proposer des solutions adaptées, ce qui est un véritable atout pour le développement de nouveaux médicaments.
Ma problématique principale
Je cherche à apporter une solution thérapeutique aux patients atteints de cancers métastatiques détectés tardivement. Mon objectif est de développer des traitements plus ciblés, moins toxiques et plus efficaces, afin d’améliorer la prise en charge et la qualité de vie de ces patients.
Pourquoi cette recherche est-elle importante ?
Pour la science
Les traitements actuels de la carcinose péritonéale reposent principalement sur la chirurgie et la chimiothérapie, qui sont des approches très invasives et peu spécifiques. Mon travail est complémentaire à ces approches et vise à épargner les tissus sains pour minimiser la toxicité pour les patients ainsi qu’à éviter les rechutes causées par les cellules qui arrivent à échapper aux chimiothérapies, en développant des thérapies beaucoup plus ciblées.
Pour la société
Le besoin de traitements anticancéreux innovants et moins agressifs est immense. En améliorant la précision des thérapies, on pourrait non seulement prolonger la survie des patients, mais aussi réduire les effets secondaires et améliorer leur quotidien. A long terme, la technologie développée dans mon projet pourrait être adaptée à d’autres types de cancers métastatiques difficiles à traiter.
Les défis rencontrés
La recherche académique est un parcours difficile et semé d’embûches, avec des obstacles scientifiques et intellectuels constants, mais c’est aussi ce qui la rend passionnante et stimulante.
De plus en France, il y a peu de postes de chercheur ouverts aux différents concours. Cela oblige à faire des mobilités internationales de plus en plus longues, ce qui met les chercheurs en difficulté et en forte concurrence.
Et en tant que femme en sciences, et issue d’un milieu ouvrier, j’ai aussi dû surmonter un certain nombre de difficultés supplémentaires pour me faire une place dans ce milieu.
Comment je surmonte ces défis ?
Je garde la tête froide et j’ai toujours un plan B. Mais surtout, je veille à toujours choisir une voie qui me plaît, pour ne jamais perdre ma motivation.
Mes ambitions et perspectives d’avenir
Je dirais que ma recherche arrive au bon moment : les radiopharmaceutiques sont en pleine expansion dans le monde pharmaceutique. Ces dernières années, deux peptides ont déjà été approuvés pour un usage clinique, c’est donc une thématique porteuse. À court terme, je travaille sur des demandes de financement afin de trouver des fonds pour mener ce projet à bien. Et je réfléchis aussi aux partenariats potentiels, notamment à l’international.
À moyen et long terme, je souhaite développer ma propre équipe de recherche qui sera impliquée dans plusieurs projets de recherche en parallèle.
Un message pour le grand public
Pour les jeunes filles et les femmes en sciences
La science n’est pas réservée aux hommes ! Il y a de la place pour nous, on a le droit d’être là et d’exercer notre métier avec passion et ambition. Il faut y aller, il faut oser !