En 2025, l’Inserm a recruté 14 chercheurs pour renforcer la recherche en région Auvergne-Rhône-Alpes.
À travers leurs témoignages, ils et elles partagent leurs parcours, leurs engagements et les expériences — professionnelles comme personnelles — qui nourrissent leur démarche scientifique.
Découvrez Zoom Chercheur Inserm AuRA, l’interview de Cécilia – équipe PSYR2 du CRNL – dans laquelle il se confie.
Quel est votre parcours ?
J’ai commencé mon parcours avec un master en neurosciences cliniques à l’Université de Grenoble, puis je suis partie au Canada, à Québec, pour réaliser ma thèse en neurosciences. À mon retour en France, j’ai effectué un premier post-doctorat de presque quatre ans à Dijon, dans un laboratoire Inserm.
Par la suite, j’ai passé environ six mois à Bruxelles dans un autre laboratoire de recherche avant de revenir à Lyon pour un deuxième post-doctorat plus conséquent au Centre de recherche en neurosciences, dans l’équipe PSYR², qui est implantée dans les locaux de l’hôpital psychiatrique du Vinatier. Depuis décembre, j’ai obtenu le concours de chargée de recherche à l’Inserm, ce qui marque une étape importante dans mon parcours et me permet de poursuivre mes recherches de manière indépendante.
Pourquoi avoir choisi de postuler à l’Inserm ?
Le concours Inserm est pour moi une étape incontournable pour devenir chercheuse. Travailler dans une équipe directement en lien avec des patients m’intéressait particulièrement, car cela permet de réaliser une recherche appliquée auprès de personnes atteintes de pathologies psychiatriques. Cette possibilité correspond exactement à ce que je recherchais pour mon poste et à mes ambitions professionnelles.
Quel est votre thème de recherche et sur quoi travaillez-vous ?
Mon parcours m’a amenée à explorer plusieurs thématiques, mais aujourd’hui, je travaille principalement sur l’interaction entre cognition et action. Cela inclut, par exemple, ce qui se passe dans les millisecondes qui précèdent un mouvement, ainsi que l’imagerie motrice, c’est-à-dire le fait d’imaginer que l’on bouge.
Plus récemment, mon travail s’est élargi à l’étude des capacités extrêmes d’imagination. Certaines personnes sont incapables d’imaginer, c’est ce que l’on appelle l’aphantasie. Ce n’est pas une pathologie, mais une particularité cognitive. À l’inverse, certaines personnes possèdent une imagination très vive, qui, dans certains cas comme les hallucinations, peut être perçue comme réelle. Mes projets actuels explorent donc ce continuum et cherchent à comprendre pourquoi nous sommes si différents les uns des autres.
Est-ce que c’est ça, l’excitabilité corticospinale ?
Il s’agit d’un outil de mesure que j’utilise pour relier la stimulation cérébrale aux réponses motrices. Concrètement, une bobine en cuivre génère un champ magnétique lorsqu’on y envoie un courant électrique. Placée sur le cortex moteur primaire, cette stimulation active les neurones et provoque un petit mouvement dans la main, que je peux mesurer. L’excitabilité corticospinale correspond ainsi à la façon dont le signal part du cortex, passe par la moelle épinière et atteint le muscle, révélant un mécanisme qui sous-tend la préparation et le contrôle des mouvement.
Quelles avancées récentes ont permis de mieux comprendre ou mesurer cela ?
Cette mesure est désormais largement utilisée. Par exemple, l’imagerie motrice a permis de montrer que même imaginer un mouvement augmente l’excitabilité corticospinale. Cela a des applications concrètes en réadaptation : lorsqu’une personne ne peut plus bouger, s’entraîner mentalement permet de limiter la perte de force. Ces techniques sont aussi utilisées chez les athlètes ou les musiciens.
De plus, le laboratoire Inserm où je travaillais à Dijon a montré que les personnes aphantasiques ne présentent pas cette augmentation d’excitabilité lorsqu’elles imaginent un mouvement, ce qui constitue un marqueur très intéressant pour comprendre les différences individuelles.
Est-ce que c’est utilisé pour la rééducation ?
Oui, absolument. Par exemple, lors d’une immobilisation prolongée, l’imagerie motrice peut être utilisée pour améliorer la fonction motrice. Ce sujet est d’ailleurs très étudié à Lyon, avec plusieurs équipes qui explorent les applications de l’imagerie mentale en réadaptation.
Avez-vous rencontrés des obstacles dans vos recherches ?
Le principal défi reste le recrutement des participants, qu’il s’agisse de patients ou de volontaires sains. Même si nos techniques de stimulation cérébrale sont non invasives et indolores, certaines personnes hésitent à participer, ce qui complique la mise en place des études. Néanmoins, nous réussissons tout de même à obtenir des résultats pertinents.
En quoi vos recherches pourraient-elles améliorer le diagnostic ou le traitement de certaines pathologies ?
Mes recherches actuelles s’orientent vers la psychiatrie. Nous étudions par exemple les hallucinations : les personnes ayant une imagination très vive sont-elles plus susceptibles d’en développer ? De même, dans le trouble de stress post-traumatique, où le patient revit des images liées à un traumatisme, les personnes aphantasiques pourraient-elles être protégées ?
L’imagerie mentale semble également impliquée dans d’autres pathologies, comme la dépression, où elle se manifeste par des ruminations ou des pensées négatives. C’est un champ encore largement à explorer et c’est maintenant mon principal objectif en tant que chercheuse Inserm.
À quoi sert concrètement ce que vous faites ?
Je travaille beaucoup sur l’aphantasie. Les personnes concernées souhaitent comprendre leur fonctionnement particulier. Ce n’est pas une pathologie, mais si elles tentent de se remémorer un souvenir agréable, cela peut être difficile. Comprendre comment fonctionne l’imagerie mentale et pourquoi elle diffère d’un individu à l’autre a donc un intérêt scientifique important, mais également un impact direct pour les participants.
Quelles sont vos ambitions pour l’avenir, tant personnelles que professionnelles ?
Mon objectif est de concrétiser tous ces projets, de trouver les financements nécessaires et de recruter des étudiants motivés pour travailler avec moi.
J’ai beaucoup d’idées, mais il faut pouvoir les mettre en œuvre.
Avez-vous un message pour le grand public ?
Si l’on en a la possibilité et l’intérêt, il ne faut pas hésiter à participer à la recherche. Même si l’on peut ressentir une certaine appréhension, il est toujours possible de poser toutes les questions que l’on souhaite et de contribuer concrètement à la science.