Alexis Osseni et les muscles : une « à faire » prise à bras le corps

Auvergne-Rhône-Alpes
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En 2025, l’Inserm a recruté 14 chercheurs pour renforcer la recherche en région Auvergne-Rhône-Alpes.
À travers leurs témoignages, ils et elles partagent leurs parcours, leurs engagements et les expériences — professionnelles comme personnelles — qui nourrissent leur démarche scientifique.
Découvrez Zoom Chercheur Inserm AuRA, l’interview de Alexis Osseni – laboratoire INMG-PGNM

Quel est votre parcours ?

Après le baccalauréat, je me suis d’abord orienté vers des études de médecine à l’Université Grenoble Alpes. N’ayant pas validé le concours de première année, j’ai choisi de poursuivre en licence de biologie. L’échec du concours de médecine a été difficile à vivre et m’a conduit à faire une pause de trois ans loin des bancs de la fac. Trois ans pendant lesquelles j’ai accompagné et aidé des jeunes en difficulté scolaire. Toutes ces expériences m’ont profondément enrichi, tant sur le plan personnel qu’humain, et m’ont permis de me recentrer sur ce qui me passionne réellement.

En 2010, fort de ce recul, j’ai repris mes études avec Master recherche axé sur la biologie cellulaire et la translationnelle. J’ai ensuite eu la chance d’intégrer le laboratoire du Dr. Isabelle Marty, spécialiste de la physiologie musculaire où j’ai réalisé ma thèse sur les mécanismes cellulaires du muscle squelettique, et plus particulièrement sur les relâchements de calcium au sein des fibres musculaires.

Après ma thèse j’ai entrepris un post-doctorat de 3 ans au Canada, à l’Université d’Ottawa dans le laboratoire du Pr. Bernard Jasmin, pour acquérir une expérience internationale. A mon retour, j’ai rejoint le laboratoire du Pr. Laurent Schaeffer, où je poursuis actuellement mes recherches dans les maladies neuromusculaires.

Finalement en 2025, j’ai réussi les concours Inserm en tant que Chargé de Recherche.

Pourquoi avez-vous choisit l’Inserm ?

L’Inserm correspond à ma vision de la recherche : une recherche tournée et centrée vers la santé humaine et ses applications concrètes. Mon objectif a toujours été que mes travaux puissent avoir un impact concret améliorant ainsi la vie des patients.

Quel est votre thème de recherche ?

Le muscle strié squelettique représente près de la moitié de la masse corporelle et régit de nombreuses fonctions fondamentales comme la motricité, la respiration, la thermogenèse ou le métabolisme. Maintenir la masse et la physiologie du muscle squelettique est indispensable pour la santé et la préservation de l’homéostasie de l’organisme. Ainsi, la fonte musculaire est un facteur de comorbidité majeur dans de nombreuses maladies chroniques comme dans les insuffisances cardiaques, rénales, cancer, diabète et myopathies et actuellement il n’existe pas de cure efficace pour lutter pour l’atrophie musculaire.

Depuis une décennie, mon thème et mes projets de recherche sont de lutter contre cette atrophie musculaire et notamment dans des maladies neuromusculaires, comme la myopathie de Duchenne ou l’amyotrophie spinale (SMA) car ces maladies présentent une forte perte de la masse musculaire.

Sur quoi travaillez-vous actuellement ?

Je travaille plus précisément sur une protéine appelée HDAC6, qui régule de nombreuses protéines et structures situées dans le cytoplasme comme par exemple le cytosquelette de microtubules. Chaque jour, j’étudie son rôle dans le muscle squelettique et notamment son rôle dans l’atrophie musculaire. Nous avons découvert que bloquer l’action de la protéine HDAC6 aide à améliorer le fonctionnement des muscles dans différents modèles de maladies neuromusculaires.

Actuellement, nous développons et testons des inhibiteurs de HDAC6 dans des modèles cellulaires et animaux et nous cherchons à :

  • Comprendre précisément les mécanismes d’action,
  • Identifier les voies biologiques impliquées,
  • Et évaluer le potentiel thérapeutique de ces molécules.

Ce travail nous emmène aussi au développement de nouvelles molécules afin de pouvoir, à terme, déposer des brevets et avancer vers des essais cliniques.

Sur quels modèles travaillez-vous ?

Actuellement dans l’équipe du Pr. Laurent Schaeffer, différents modèles d’études sont à notre disposition, et j’utilise par exemple :

  • des modèles cellulaires
  • des biopsies humaines issues des patients et stockées dans la bio-banque des HCL,
  • des modèles animaux, notamment les modèles murins pour la myopathie de Duchenne et de la SMA qui sont des essais cruciaux avant d’envisager ceux en cliniques sur des patients.

Grâce à ces différents modèles, l’ajout de nos molécules a permis d’améliorer significativement les caractéristiques musculaires et d’augmenter la survie des animaux dans certains modèles expérimentaux

Quel est l’objectif principal de vos recherches ?

Grâce à ces nouvelles thérapies, mon objectif est d’améliorer le plus possible la qualité de vie des patients atteints de maladies neuromusculaires.

A ce jour, je ne prétends pas « guérir totalement » ces maladies, mais à en ralentir la progression, à aider les patients à garder leurs forces le plus longtemps et à préserver leur autonomie. Chaque petit progrès compte, et pour moi, c’est déjà une vraie victoire.

Quelles sont les pathologies liées au mauvais fonctionnement du calcium musculaire ?

Les troubles du calcium musculaire sont impliqués dans différentes myopathies. Le calcium joue un rôle essentiel et central dans le bon fonctionnement du muscle. En effet grâce à lui, il permet tout simplement la contraction musculaire. Lorsqu’il est mal régulé, cela peut entrainer une faiblesse ou une dégénérescence musculaire.

Quels sont les principaux défis que vous avez rencontrés ?

Le premier grand défi, c’est le défi scientifique. En recherche, la plupart des expériences échouent avant d’aboutir — c’est notre quotidien. Il faut savoir encaisser, garder le cap et continuer à croire en ses idées. Chaque échec nous pousse à réfléchir, à comprendre, à ajuster nos hypothèses… Et quand enfin une expérience réussit, c’est une joie indescriptible, l’impression que tous les efforts en valaient la peine.

Le second défi, c’est l’humain. Tout au long de mon parcours, j’ai eu la chance de croiser des enseignants, des cliniciens, des pharmaciens et des chercheurs passionnés. Ces rencontres ont profondément marqué ma manière de travailler et de voir la recherche. C’est grâce à eux que j’ai compris que la science, au-delà des découvertes, est avant tout une aventure humaine, faite de partage, de persévérance et de passion collective.

Si vous deviez expliquer simplement votre travail ?

Je cherche à comprendre les mécanismes responsables du dysfonctionnement des cellules musculaires dans des maladies graves, afin de développer de nouvelles approches thérapeutiques.

Quelles sont vos ambitions pour l’avenir ?

Actuellement, je prépare mon HDR (Habilitation à diriger des recherches).

A court termes, je souhaite continuer à développer mes projets en cours, encadrer des étudiants et consolider mes avancées scientifiques.

À plus long terme, j’aimerais que nos molécules puissent franchir toutes les étapes des essais cliniques le plus rapidement possible, pour qu’elles puissent, un jour, réellement aider les patients. C’est cette perspective qui me motive au quotidien.

Quel message souhaitez-vous adresser au grand public ?

La recherche est essentielle pour faire avancer la médecine. Elle demande beaucoup de temps, d’efforts, de persévérance et de moyens.

C’est pourquoi, le soutien du public, notamment grâce à des actions comme le Téléthon, est tellement précieux pour permettre ces avancées.