Vous êtes passionné par l’univers de la recherche depuis très jeune…
Grégoire Ruffenach : J’ai su très tôt que je ferais de la recherche : à treize ans, je suis entré dans un laboratoire pour la première fois, ça a été une évidence ! Puis, lors de ma thèse, ma première rencontre avec un patient a donné un sens très concret à mon travail : voir un adolescent malade, m’a convaincu que la recherche et les soins de santé sont étroitement liés.
Cette vision s’est ensuite renforcée lors de mes années passées aux États-Unis, où j’ai appris à construire des projets scientifiques ambitieux, à fédérer des collaborations et à obtenir des financements très compétitifs. Cette capacité à porter un projet dans la durée est essentielle pour mener une carrière dans la recherche académique et réussir à faire d’une idée scientifique une réelle avancée médicale concrète et applicable.
Vous vous intéressez aujourd’hui à la recherche sur l’hypertension artérielle pulmonaire, pouvez-vous nous en dire quelques mots ?
G. R. : Il s’agit d’une maladie rare, sévère et à ce jour encore incurable, qui perturbe la circulation sanguine dans les poumons. De manière concrète, je fais quotidiennement le pont entre les résultats obtenus en laboratoire et les applications directes que peuvent utiliser les hôpitaux. Pour cela, j’analyse de vastes jeux de données humaines en utilisant la biologie computationnelle, c’est-à-dire des méthodes informatiques et mathématiques qui permettent d’explorer et d’interpréter de grandes quantités de données biologiques.
Nous savons qu’aujourd’hui, une même maladie peut avoir des origines très diverses. Elle peut être liée à une composante génétique, ou à des maladies sous-jacentes, comme le lupus ou la sclérodermie. Certaines expositions particulières peuvent également être en cause : des médicaments coupe-faim comme l’aminorex (un dérivé des amphétamines), des traitements anticancéreux tels que le dasatinib, ou encore des drogues récréatives comme les méthamphétamines. Ces différences entraînent des mécanismes biologiques distincts. Je cherche à identifier ces derniers pour pouvoir ensuite proposer des traitements adaptés à chaque patient. Cette approche personnalisée de la médecine est au cœur des évolutions de la recherche biomédicale.
Pour vous, comment se construit un bon projet de recherche ?
G. R. : Ma recherche débute toujours par une observation cliniquement pertinente, c’est-à-dire une question issue du terrain médical. À partir de là, j’évalue si cette question est réalisable d’un point de vue scientifique et si elle peut réellement apporter une avancée utile pour les patients.
J’aime construire chaque projet de manière très structurée, je commence toujours par définir une vision globale : où voulons-nous aller et quel problème cherchons-nous à résoudre ? Puis je décline cette vision en objectifs précis, avec un plan expérimental détaillé.
Je m’entoure bien sûr de personnes les plus compétentes pour chaque étape : chercheurs, cliniciens, ingénieurs, biostatisticiens… mais également des bons partenaires ! Nous établissons collectivement un calendrier clair, puis mettons en œuvre le plan en suivant régulièrement les avancées et en ajustant si nécessaire.
La dernière étape consiste à analyser rigoureusement les résultats, à organiser les données, puis à rédiger et publier nos travaux. Ce processus demande plusieurs allers-retours, des corrections, des échanges avec les revues scientifiques, avant l’acceptation finale.
Cette méthodologie m’a permis de développer efficacement mes projets, d’accompagner les étudiants que j’encadre et, surtout, de produire des connaissances nouvelles que nous utilisons aujourd’hui pour développer de futures thérapies.
Après plusieurs années passées outre-Atlantique, comment abordez-vous la poursuite de votre carrière en France ?
G. R. : Mes années aux États-Unis ont été extrêmement formatrices. J’y ai appris à construire des projets ambitieux, à chercher des financements compétitifs et à porter une vision scientifique forte. Le système américain pousse à l’autonomie, à la prise d’initiative et à la capacité à défendre ses idées.
Revenir en France a toutefois été un choix réfléchi : la recherche française offre un cadre différent, notamment grâce à la proximité entre chercheurs et cliniciens. Cette organisation facilite les collaborations et permet de mutualiser les expertises.
Il y a aussi un élément important : la stabilité offerte par mon statut à l’Inserm facilite la prise de risque et l’exploration des pistes nouvelles, sans être uniquement guidé par l’urgence de trouver des financements. Cette liberté est précieuse pour faire avancer des projets à long terme.
Depuis mon retour, je m’attèle à faire bon usage de l’exigence et de l’audace apprises lors de mon parcours dans un environnement collaboratif particulièrement riche !
Vous souhaitez en apprendre davantage sur le parcours de Grégoire Ruffenach ? Découvrez sans attendre son portrait en compagnie de Pipette & Bécher, une série illustrée proposée par l’Inserm en partenariat avec Margaux Lhuissier, où il détaille les étapes clés de son parcours et l’importance de faire avancer la recherche dédiée à l’hypertension artérielle pulmonaire !