Abdou Akkouche, le génome et lui « ne font qu’un »

Auvergne-Rhône-Alpes
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En 2025, l’Inserm a recruté 14 chercheurs pour renforcer la recherche en région Auvergne-Rhône-Alpes.
À travers leurs témoignages, ils et elles partagent leurs parcours, leurs engagements et les expériences — professionnelles comme personnelles — qui nourrissent leur démarche scientifique.
Découvrez Zoom Chercheur Inserm AuRA, l’interview de Abdou Akkouche – laboratoire iGReD – dans laquelle il se confie.

Quel est votre parcours ?

Je me présente, je suis Abdou Akkouche et je suis chercheur à l’Inserm depuis le mois d’octobre. J’ai un parcours international. J’ai d’abord fait des études de biologie à l’Université Libanaise à Beyrouth. Ensuite, je suis venu en France pour poursuivre mes études et j’ai effectué un Master 2 à l’Université Claude Bernard Lyon 1 en biologie moléculaire et génétique. Après cela, j’ai réalisé ma thèse également à Lyon, dans un laboratoire de biologie évolutive. Mon travail portait sur la régulation des éléments transposables et aux mécanismes épigénétiques qui contrôlent ces séquences du génome. J’ai ensuite effectué un premier post-doctorat à l’Institut de Génétique Humaine de Montpellier. En 2016, je suis retourné au Liban où j’ai travaillé comme chercheur à l’université, avec un post-doctorat à l’Université Américaine de Beyrouth, où je suis resté pendant six ans. Depuis décembre 2021, j’ai continué mes travaux à Clermont-Ferrand, avant de rejoindre l’Inserm cette année après avoir réussi le concours de chargé de recherche.

Pourquoi est-ce que vous avez choisi l’Inserm ?

L’Inserm est un institut de recherche en santé reconnu. Dès le début de mon parcours, je voulais faire de la recherche, qu’elle soit fondamentale ou appliquée, tout en restant dans le secteur public. Mon objectif était de travailler dans un environnement académique où je pourrais contribuer à la production de connaissance scientifiques tout en participant à des recherches ayant un impact sur la santé. L’Inserm correspondait parfaitement à mes thématiques de recherche, notamment celles liées à la biologie, la santé et les questions médicales. Au Liban, j’ai notamment travaillé sur des maladies comme la leucémie et j’ai pu être en contact avec des patients, ce qui m’a encore plus motivé à travailler dans la recherche liée à la santé.

Quel est votre thème de recherche ? Sur quoi travaillez-vous actuellement ?

Depuis le début de ma carrière, je m’intéresse aux éléments transposables, des séquences d’ADN capables de se déplacer dans le génome et qui représentent près de la moitié du génome humain. Longtemps considérés comme de l’«ADN poubelle », on sait aujourd’hui qu’ils peuvent jouer un rôle important dans la régulation des gènes et dans l’évolution du génome.

Cependant, lorsqu’ils deviennent actifs et se déplacent dans le génome, Ils peuvent provoquer des mutations associées à certaines maladies, notamment le cancer. Mon travail consiste à comprendre comment ces éléments sont normalement contrôles dans les cellules et ce qui se passe lorsqu’ils échappent à ce contrôle, en particulier dans les cellules cancéreuses.

Comment expliqueriez-vous votre sujet de recherche à un enfant de 10 ans ou à quelqu’un qui ne connaît rien à la science ?

Dans notre ADN, il existe des petites séquences qui ressemblent un peu à des virus. La plupart du temps, elles restent silencieuses, comme si elles dormaient. Mais parfois, dans certaines situations comme les maladies, elles peuvent se réveiller et devenir actives. Mon travail consiste à comprendre comment nos cellules arrivent normalement à les garder « endormies » et ce qui peut provoquer leur réveil.

Quel type de maladies peuvent être engendrées par ce phénomène ?

L’activation de ces éléments peut être liée à plusieurs types de maladies. On les observe notamment dans certains cancers, comme certaines formes de leucémie ou cancer du côlon. Ils peuvent également être impliqués dans des maladies neurodégénératives, comme la maladie d’Alzheimer ou la sclérose latérale amyotrophique (SLA).

Qu’est-ce qui vous a donné envie de vous pencher sur ce sujet-là plutôt qu’un autre ?

J’ai toujours été impressionné par les travaux de Barbara McClintock, la scientifique qui a découvert les éléments transposables. Entre 1940 et 1950, en étudiant le maïs, elle a mis en évidence l’existence de séquence d’ADN capables de se déplacer dans le génome. Cette découverte a profondément changé notre compréhension du génome et lui a valu le prix Nobel de physiologie ou médecine en 1983. En lisant ses travaux, je me suis posé une question simple : comment ces éléments mobiles sont-ils régulés dans le génome et pourquoi peuvent-ils parfois redevenir actifs ? C’est cette question qui m’a poussé à aller plus loin dans mes recherches.

Quels sont les grands enjeux ou questions de santé que vous essayez de résoudre ?

L’un des grands objectifs de mes recherches est des comprendre comment les éléments transposables sont normalement contrôlés dans le génome et pourquoi ils peuvent parfois s’activer. Lorsqu’ils deviennent actifs, Ils peuvent perturber l’expression des gènes et contribuer à l’instabilité du génome, un phénomène souvent observé dans les cellules cancéreuses.

Une question importante est donc de savoir si l’activation des ces éléments participe directement au développement du cancer ou si elle est plutôt une conséquence des changements qui se produisent dans les cellules tumorales. En étudiant ces mécanismes, nous espérons mieux comprendre le rôle de ces éléments dans les maladies et, à plus long terme, identifier de nouvelles pistes pour le diagnostic ou le traitement.

Est-ce que certaines solutions ont été trouvées pour guérir certains cancers grâce à ces recherches ?

Pas encore. Pour l’instant, ces recherches permettent surtout de mieux comprendre les mécanismes biologiques impliqués dans le développement du cancer. Par exemple, mes travaux ont contribué à montrer comment certains virus ou éléments du génome peuvent modifier la régulation des gènes et favoriser la transformation des cellules. Mieux comprendre ces mécanismes et une étape essentielle pour identifier de nouvelles cibles thérapeutiques à l’avenir.

Qu’est-ce qui vous épanouit le plus dans votre recherche ?

Ce qui m’épanouit le plus dans la recherche, c’est la possibilité d’explorer et d’essayer de comprendre comment fonctionne le vivant. La recherche est très stimulante, car on est constamment en train de réfléchir, d’explorer de nouvelles idées et de tester des hypothèses. Ce qui est aussi passionnant, c’est de pouvoir étudier des phénomènes complexes, comme le cancer, à l’aide de modèles génétiques simples comme la drosophile.

Le modèle que vous utilisez pour vos recherches est-il toujours la mouche ou utilisez-vous d’autres modèles ?

J’utilise principalement la drosophile, qui est un modèle génétique très puissant pour étudier rapidement certains mécanismes biologiques. J’ai également travaillé sur des cellules humaines provenant de patients, ce qui permet d’observer ces mécanismes directement dans des cellules humaines. Ces approches sont complémentaires et nous aident à mieux comprendre les processus impliqués dans les maladies

Quels sont les principaux défis que vous avez rencontrés au cours de vos recherches ?

L’un des principaux défis est la forte compétition scientifique, car de nombreux laboratoires dans le monde travaillent sur les éléments transposables. Il faut donc constamment avancer et produire de nouveaux résultats. Un autre défi concerne le financement de la recherche, en particulier lorsque je travaillais au Liban où les ressources étaient limitées. Enfin, comme pour beaucoup de chercheurs, la question de la stabilité professionnelle reste un enjeu important.

Si on vous demande à quoi sert concrètement votre travail, que répondez-vous ?

Mon travail vise à mieux comprendre comment certaines séquences d’ADN présentes dans notre génome sont contrôlées et comment leur activation peut perturber le fonctionnement des cellules. Ces recherches permettent d’améliorer notre compréhension des mécanismes fondamentaux du génome. A plus long termes ces connaissances peuvent aider à mieux comprendre l’origine de certaines maladies et à identifier de nouvelles pistes pour le diagnostic ou le traitement.

Quelles sont vos ambitions pour l’avenir, tant sur le plan personnel que professionnel ?

Mon objectif est de continuer à développer mes recherches et, à terme, de créer ma propre équipe de recherche. J’aimerais explorer davantage le rôle des éléments transposables dans le fonctionnement du génome et dans certaines maladies. Je souhaite aussi former et encadrer de jeunes chercheurs afin de contribuer à faire avancer les connaissances dans ce domaine.

Pour finir, quel message souhaiteriez-vous adresser au grand public ?

La recherche scientifique joue un rôle essentiel pour mieux comprendre les maladies et améliorer la santé. C’est un travail de long terme qui demande du temps, de la curiosité et de la persévérance. Le soutien et l’intérêt du public pour la science sont très importants, car ils contribuent à faire avancer les connaissances et à préparer les découvertes de demain.