Claude Griscelli est né en 1936, à Rabat, d’une famille originaire de Corse. Il grandit dans un environnement cosmopolite et reste, toute sa vie, très attaché au Maroc. Enfant, il est déjà curieux du développement des pathologies, comme d’autres, témoignait-il, s’intéressaient aux planètes et aux étoiles. Adolescent, alors qu’il pratique le sport en compétition, il est frappé par une lourde tuberculose qui l’isole durablement et le marque profondément. Il reprend le cours de sa scolarité avec succès. Après le lycée Gouraud de Rabat et le concours d’entrée aux écoles de médecine au Maroc, ses résultats lui permettent d’obtenir une bourse pour poursuivre ses études à Paris. Interne des hôpitaux de Paris, sa vocation pour la pédiatrie s’affirme rapidement. Dans le même temps, il se spécialise dans l’immunologie.
D’abord, il rejoint, à l’Hôpital Saint-Louis, le service de Jean Bernard. Puis, grâce à une bourse Inserm/National Institutes of Health, à la New York University, il est ainsi accueilli en 1967 – 1968 dans le laboratoire du Professeur Baruj Benacerraf – futur Prix Nobel de médecine en 1980 avec George Snell et Jean Dausset pour leurs travaux en immunogénétique.
Dès lors et pendant longtemps, Claude Griscelli partage son temps entre la paillasse et le lit du patient, il devient un « médecin-chercheur ». Il fait sa carrière à l’Hôpital Necker-Enfants malades. Chef du service d’immunologie et d’hématologie du département de pédiatrie à partir de 1978, il prend au même moment la direction de l’Unité de recherche Inserm 132, en immunologie et rhumatologie pédiatriques. Au cours de ces années 1970, Claude Griscelli a compté parmi les premiers à recourir à la transplantation de moelle osseuse, pour soigner les enfants souffrant d’un déficit immunitaire sévère. Cette médecine de pointe va de pair avec la fabrication de prototypes innovants pour protéger des risques d’infection ce que l’on appellera les « bébés bulles ». Il a aussi décrit plusieurs maladies génétiques complexes, dont une porte aujourd’hui son nom. Il fait école et, à sa suite, son équipe s’est engagée dans la thérapie génique.
Au milieu des années 1980, aux débuts de l’épidémie de Sida, Claude Griscelli contribue à la première étude épidémiologique sur le sida chez l’enfant, avec des travaux sur la transmission du VIH de la mère à l’enfant et la mise en place de plusieurs essais thérapeutiques.
Investi dans les organismes et l’administration de la recherche, il est membre de commissions scientifiques spécialisées de l’Inserm et de conseils scientifiques dont celui de l’Agence nationale de recherche sur le Sida (ancienne ANRS-MIE). Président de la Fondation des Hôpitaux, il contribue au lancement en 1989 de l’ « Opération pièces jaunes », de la couleur des centimes de francs de l’époque, qui vise à récolter des fonds pour accompagner au quotidien les enfants malades et leur famille. La recherche clinique est au cœur de son action. Au cours des années 1990, Claude Griscelli prend la direction de la Délégation à la recherche clinique, dans le cadre du Programme de la Recherche clinique du ministère de la Santé. Il est aussi conseiller technique pour l’enseignement médical et la recherche biologique et médicale auprès du ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche.
Entre 1996 et 2001, Claude Griscelli est directeur général de l’Inserm. Il faut alors tout en préservant l’harmonie au sein de l’Institut, renforcer son efficacité et étendre encore sa notoriété[1]. Son mandat est marqué par sa volonté, toujours, de rapprocher la recherche fondamentale, clinique et thérapeutique. La perspective est celle, écrit-il, de ce que l’on a appelé plus tard la recherche translationnelle.
Pour favoriser le rapprochement entre les différentes institutions, des accords avec les universités et les hôpitaux sont conclus. Des politiques de site sont entreprises ou renforcées, avec les centres d’investigations cliniques (CIC) et les Instituts hospitalo-universitaires (IHU). La création d’Inserm Transfert en 2000 témoigne de toute l’importance accordée à la valorisation. Il s’agit de favoriser le rapprochement des équipes de recherche du monde industriel et de permettre le développement des innovations sur le terrain médical.
D’autres réalisations marquent le mandat de Claude Griscelli : lancement de la délégation à l’intégrité scientifique et des ATIP-Avenir pour renforcer l’attractivité de l’Inserm. Ce sont aussi les débuts des Prix Inserm, conçus à la fois comme une reconnaissance de l’Institut envers les lauréats et comme une contribution à « l’esprit de l’Inserm » en faveur de la recherche biomédicale.
Après avoir quitté la direction de l’Inserm, Claude Griscelli fonde en 2007, l’Institut Imagine pour guérir les maladies génétiques. « Parce que, disait-il, ‘Imagine’ la guérison d’un enfant malade, c’est extraordinaire ! ‘Imagine’ la recherche que je mène pour aboutir à la guérison d’une maladie génétique, ou la prévention d’une maladie génétique ! … C’est l’aboutissement de tout ce que j’ai pu faire ».