Hépatite B, Armando Andrès Roca Suarez en pleine lutte

Auvergne-Rhône-Alpes
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En 2025, l’Inserm a recruté 14 chercheurs pour renforcer la recherche en région Auvergne-Rhône-Alpes.
À travers leurs témoignages, ils et elles partagent leurs parcours, leurs engagements et les expériences — professionnelles comme personnelles — qui nourrissent leur démarche scientifique.
Découvrez Zoom-Zoom chercheur Inserm AuRA, l’interview de Armando dans laquelle il se confie.

Quel est votre parcours ?

Je suis né en Bolivie, ville où j’ai commencé mes études de médecine, et suivi les cinq premières années. J’ai ensuite eu l’opportunité de participer à un programme d’échange avec l’Université de Strasbourg pour ma sixième année. C’est à ce moment-là que j’ai réalisé que je souhaitais orienter ma carrière vers la recherche plutôt que vers la pratique hospitalière. J’ai donc postulé pour un Master en virologie à Strasbourg, puis, après ce Master, j’ai obtenu un doctorat au laboratoire du Prof Thomas Baumert et Dr Joachim Lupberger, où mes travaux portaient principalement sur les virus, l’hépatite C et le cancer du foie.

À la fin de mon doctorat, mes directeurs m’ont fortement conseillé de venir à Lyon pour poursuivre ma carrière dans le domaine des pathologies hépatiques, et plus spécifiquement dans le laboratoire du Prof Fabien Zoulim et Dr Barbara Testoni, experts de l’hépatite B – Laboratoire PaThLiv – Inserm U1350 (Inserm, Lyon 1 Université). Pendant mon post-doctorat ici, j’ai eu la chance de travailler sur un projet européen visant à tester de nouvelles molécules pour traiter l’hépatite B. Les travaux réalisés sur cinq ans m’ont permis l’année dernière de réussir le concours pour devenir chargé de recherche à l’Inserm.

Pourquoi avoir choisi de postuler à l’Inserm ?

En réalité, je suis lié à l’Inserm depuis mon Master. Notre laboratoire à Strasbourg était un laboratoire Inserm (UMR-1110). Ici à Lyon avec la création de notre nouvelle unité (UMR-1350), nous sommes également un laboratoire Inserm et UCBL, donc la voie naturelle pour continuer ma carrière était de postuler au concours Inserm pour devenir chargé de recherche.

Quel est votre thème de recherche et sur quoi travaillez-vous actuellement ?

Nous nous concentrons surtout sur l’hépatite B. Le problème principal, c’est que, comme pour le VIH, une fois qu’une personne est infectée, les médicaments disponibles permettent seulement de contrôler l’infection mais pas de l’éliminer. Les patients peuvent mener une vie relativement normale, mais ils doivent être suivies et recevoir un traitement à vie, car le virus n’est pas éliminé. Cette situation est particulièrement critique en Afrique et en Asie, où le virus souvent se transmet de la mère à l’enfant lors de l’accouchement et induit une infection chronique dans plus de 90 % des cas avec un risque de développer un cancer du foie après 30 ans d’infection.

Notre travail vise à tester de nouvelles molécules pour éliminer l’infection. Nous abordons cela par deux principales stratégies : certaines molécules ciblent directement le virus, tandis que d’autres cherchent à stimuler le système immunitaire pour lutter contre l’infection. Mon travail se concentre sur cette deuxième approche, c’est-à-dire l’activation des cellules immunitaires dans le foie pour qu’elles puissent éliminer les cellules infectées. Bien sûr, nous savons qu’une seule molécule ne suffira probablement pas, donc nous étudions aussi comment combiner plusieurs traitements efficacement.

Quels sont vos modèles de recherche ?

Ici, nous ne faisons pas d’expériences animales. Nous avons choisi une approche intermédiaire, appelée ex vivo. Concrètement, nous récupérons des tissus hépatiques sains retirés lors d’opérations chirurgicales sur des métastases du foie. Ces tissus sont ensuite découpés en fines tranches et conservés en culture, ce qui nous permet d’étudier l’infection et de tester nos médicaments dans un tissu qui conserve la diversité et la distribution cellulaire du foie humain et est donc un bon reflet du micro-environnement hépatique. Cette approche offre des résultats beaucoup plus pertinents que des cellules isolées et évite les contraintes éthiques liées à l’expérimentation animale.

Nous sommes en contact régulier avec les chirurgiens de plusieurs hôpitaux et comptons avec un protocole, l’accord du comité d’éthique et le consentement du patient. Les interventions ont lieu une ou deux fois par semaine, et dès qu’un tissu est disponible, il est récupéré et distribué aux différents chercheurs. Une partie est utilisée pour les expériences, une autre pour congélation, et certaines cellules spécifiques peuvent être isolées pour des tests particuliers. Il est crucial de travailler rapidement pour préserver la qualité des cellules.

Pourquoi avoir choisi ce thème de recherche : la virologie et les virus hépatiques ?

À la fin de mes études de médecine, je savais que je voulais faire de la recherche, mais je ne savais pas encore dans quel domaine. J’ai suivi des cours de virologie qui m’ont passionné, et j’ai demandé à m’inscrire au Master malgré mon diplôme étranger. Ce qui m’intéresse avant tout, ce n’est pas le virus en lui-même, mais son effet sur l’être humain : comment il persiste, endommage les tissus et comment nous pouvons moduler notre organisme pour le combattre.

Est-ce que rebooster l’immunité pourrait agir contre d’autres virus ?

Oui, cette approche est pertinente pour d’autres infections. Elle pourrait non seulement activer le système immunitaire, mais aussi de « rééduquer » les cellules lorsqu’elles ont été exposées longtemps à un virus et sont fatiguées. L’objectif est de restaurer une réponse efficace, que ce soit contre l’hépatite B ou d’autres virus.

Pourquoi se concentrer sur l’hépatite B plutôt qu’un autre virus ?

J’ai commencé par l’hépatite C, où la communauté scientifique a développé des médicaments efficaces pour soigner plus de 95 % des patients, ce qui représente une vraie révolution médicale. Pour l’hépatite B, la situation est beaucoup plus complexe : identifiée dans les années 60s, nous n’avons pas encore trouvé de traitement curatif. Le virus se cache dans les cellules sous la forme d’un minichromosome, ce qui complique son élimination. De plus, l’OMS estime qu’environ 250 millions de personnes sont infectées dans le monde, et l’infection par l’hépatite B est la première cause de cancer du foie dans le monde et est responsable d’environ 1 million de décès par an, ce qui en fait un enjeu majeur de santé publique et un challenge scientifique passionnant.

Quel est le moment marquant de votre carrière, une avancée majeure ?

Oui, dans les années 2010s, lors de mon doctorat, les essais cliniques sur l’hépatite C montraient que les nouvelles thérapies fonctionnaient réellement et révolutionnaient le traitement des patients. Ces avancées ont été réalisées grâce à la découverte du virus de l’hépatite C, qu’a été reconnue par le prix Nobel en 2020, ce qui montre l’impact considérable de ce type de recherche.

Comment envisagez-vous les prochaines avancées pour l’hépatite B ?

Nous savons que probablement il sera très difficile de guérir le virus avec un seul médicament. Le futur repose sur des combinaisons de traitements, testées méthodiquement. L’amélioration des modèles précliniques, comme nos tranches ex vivo, est essentielle pour identifier les combinaisons les plus prometteuses avant de les tester chez les patients. Cela permet également de réduire les coûts et d’optimiser les essais cliniques.

Quels principaux défis avez-vous rencontrés ?

Un exemple concret : nous avons commencé à étudier un médicament actif sur les macrophages, cellules clés du système immunitaire. Après des essais sur ces cellules isolées, nous voulions comprendre comment elles interagissaient avec les autres cellules du foie. Les souris, qui auraient été le modèle suivant, ont une version défectueuse de la protéine ciblée par le médicament, rendant l’expérience très difficile. C’est ce défi qui nous a poussés à développer notre système de tranches hépatiques humaines ex vivo.

À quoi sert concrètement votre travail ?

Comme l’explique le Prof John Tavis, chercheur reconnu dans le domaine de l’hépatite B à l’Université de St Louis : toute avancée majeure dépend de l’amélioration des modèles pour étudier le virus. Mon travail, permet d’améliorer ces outils indispensables pour mieux comprendre le virus et développer des stratégies thérapeutiques efficaces.

Quelles sont vos ambitions pour l’avenir ?

Je souhaite approfondir la compréhension des interactions cellulaires face aux molécules inflammatoires, développer notre modèle pour tester méthodiquement des combinaisons thérapeutiques contre l’hépatite B et voir se concrétiser le potentiel de ma recherche translationnelle vers des applications cliniques. Je souhaite aussi poursuivre mon implication dans l’encadrement de jeunes scientifiques (étudiants en thèse et postdoctorants), et ensuite diriger un groupe de recherche.

Quel message souhaitez-vous adresser au grand public ?

Je dirais surtout aux chercheurs qu’il est crucial de communiquer de manière claire et accessible. Une société informée scientifiquement sera mieux préparée pour faire face aux grands enjeux de santé comme des pandémies par exemple, et pour développer une pensée critique face à l’information sur les réseaux. Ça nous aidera à établir une relation de confiance entre le grand public et les scientifiques.