Où en est aujourd’hui la Fondation Inserm et quels premiers résultats pouvez-vous partager ?
Pierre-Louis Autin : La Fondation commence à produire des résultats concrets : à date, elle a sécurisé les engagements d’une vingtaine de mécènes (entreprises et fondations d’entreprise) et fédère une base d’environ 1 200 donateurs particuliers. En contexte de contrainte budgétaire, les dons et le mécénat constituent un levier complémentaire pour soutenir et accélérer le financement de projets de recherche.
Autour de quelles priorités thématiques la Fondation concentre-t-elle son action ?
P.-L. A. : Nous avons choisi trois axes en cohérence avec des enjeux de santé publique et des préoccupations sociétales : la santé des femmes, le lien climat et santé, et les pathologies cardiovasculaires. Ces priorités orientent notre prospection et nos partenariats.
Nous restons toutefois ouverts à des projets dans d’autres domaines, notamment lorsqu’ils encouragent la prise de risque scientifique, la recherche exploratoire ou le développement de technologies de rupture. Nous souhaitons également conduire des initiatives transversales comme le développement des compétences en IA et numérique, le soutien des jeunes chercheurs ou encore la valorisation de l’intégrité scientifique.
Quel rôle joue la Fondation dans la mise en relation et la sécurisation des financements ?
Frédérique Chegaray : Notre rôle est simple : assurer une relation professionnelle avec les donateurs et les mécènes, sécuriser juridiquement les financements et faciliter la mise en œuvre des projets.
La Fondation agit à la fois comme développeur de ressources et comme opérateur sécurisé : nous identifions et mobilisons de nouveaux mécènes, principalement des entreprises et des fondations d’entreprises. Nous entretenons la relation avec les donateurs et assurons la gestion administrative et juridique des financements afin de garantir le respect de l’affectation souhaitée. À ce jour, l’intégralité des financements issus du mécénat d’entreprise et la grande majorité des dons de particuliers sont affectés à une équipe, une thématique ou un projet identifié.
Nous valorisons également les travaux scientifiques tout en garantissant aux financeurs une visibilité concrète. À titre d’exemple, la Fondation a récemment organisé une visite des décideurs du groupe AXA au Centre de recherche cardiovasculaire de Paris (PARCC), et lancé un cycle de conférences sur la santé des femmes en partenariat avec Kering. Nous travaillons actuellement à la finalisation de partenariats avec Aroma Zone et Bouygues.
La Fondation collecte-t-elle pour elle-même ou lance-t-elle des appels à projets ?
F. C. : La Fondation ne collecte pas pour son propre compte, ni n’organise d’appels à projets internes à ce stade. Elle respecte strictement la volonté des donateurs : lorsqu’un mécène ou un donateur choisit d’affecter ses fonds à un projet ou à une unité, la Fondation sécurise juridiquement cette affectation et établit les conventions nécessaires.
Vous ne menez pas de campagnes grand public. Pourquoi ce choix ?
P.-L. A. : Une campagne de collecte grand public nécessite des investissements très importants (achat d’espaces médias, envois massifs de courriers, etc.) ainsi qu’une organisation dédiée. Or la Fondation Inserm est aujourd’hui une structure légère, composée de quatre personnes, mobilisées en priorité pour accompagner les chercheurs, entretenir la relation avec les donateurs existants et développer de nouveaux partenariats.
Nous privilégions donc une stratégie ciblée : identifier et mobiliser des mécènes et grands donateurs capables de financer des projets significatifs, à partir de 50 000 €. Cette approche permet de construire des partenariats durables et déjà plusieurs collaborations sont en cours de finalisation, notamment avec Aroma Zone et Bouygues autour de thématiques comme la santé des femmes ou les liens entre climat et santé.
Quels frais de gestion appliquez-vous et que couvrent-ils ?
F. C. : La Fondation applique des frais de gestion compris entre 5 % et 15 % du montant du financement, selon l’origine du mécénat, la taille de l’engagement et les contraintes juridiques ou administratives. Ces frais couvrent la prospection, la négociation et la rédaction des conventions, ainsi que la gestion juridique, financière et relationnelle des dons. Le taux varie également selon le niveau d’accompagnement demandé : lorsqu’un mécène sollicite un travail important de prospection ou un suivi renforcé (rapports réguliers, échanges avec les équipes), les frais se situent plutôt dans la fourchette haute. À l’inverse, lorsque le don est directement affecté à un projet déjà identifié et nécessite peu de suivi, le taux se rapproche du niveau bas. Pour les conventions importantes ou pluriannuelles, le taux peut être revu à la baisse. L’objectif est d’assurer un accompagnement professionnel sans peser excessivement sur les ressources affectées aux projets.
Quel message adressez-vous aux équipes de recherche ?
P.-L. A. : La Fondation est un outil au service des équipes. Elle offre aux chercheurs un cadre sécurisé pour recevoir des financements philanthropiques, en garantissant le respect de leur liberté académique et des volontés exprimées par les donateurs.
Dès qu’un chercheur identifie un mécène ou une opportunité, il est important qu’il nous associe aux premiers échanges. Nous sécurisons alors le conventionnement et accompagnons la relation avec le financeur. Cela permet à l’équipe de se concentrer pleinement sur son projet scientifique.
Au-delà du financement, la Fondation a également vocation à contribuer à la diffusion de l’information scientifique et à la promotion de la méthode scientifique et de ses exigences. Le partenariat noué avec la Fondation Ipsen autour de la collection « Reconnect with Science » s’inscrit dans cette démarche : valoriser la rigueur, l’intégrité et la compréhension des enjeux scientifiques dans le débat public. Deux livrets sont déjà en cours de publication : l’un sur la santé mentale, l’autre sur l’IA.
Notre objectif est clair : renforcer l’impact de la recherche Inserm tout en préservant pleinement l’indépendance de celles et ceux qui la conduisent.
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