Né en 1936, à Paris, Philippe Lazar se trouve, dès le début de la guerre, en septembre 1939, réfugié avec sa mère et sa grand-mère dans une famille qui l’accueille en Auvergne, à La Chaise-Dieu, une commune à laquelle il reviendra et à laquelle il demeurera particulièrement attaché tout au long de sa vie. Son père meurt au front le 18 juin 1940.
De retour à Paris, il fait ses études secondaires aux lycées Jacques-Decour et Saint-Louis. Il pensait alors devenir médecin. Poussé vers les études supérieures par sa mère et élève brillant en mathématiques, il réussit le concours de l’École polytechnique qu’il intègre en 1956. Dès le début de sa carrière, il s’oriente vers la recherche médicale. En 1960, il intègre l’Institut national d’hygiène, l’ancêtre de l’Inserm. Il rejoint l’équipe de Daniel Schwartz, qui dirige l’unité de recherches statistiques (U21), et se spécialise ainsi dans les statistiques appliquées aux sciences biologiques et médicales. Installé à Villejuif, à l’Institut Gustave-Roussy, il travaille à des recherches statistiques sur le cancer. En mai 1968, il compte parmi ces chercheurs confirmés et engagés dans l’action syndicale. Il est en effet l’un des fondateurs de la branche du Syndicat national des chercheurs scientifiques à l’Inserm et demande, avec d’autres, de nouvelles structures pour la recherche, dans un moment qui est aussi celui d’un renouvellement de génération.
Dans les années 1970, Philippe Lazar devient professeur à l’Institut de statistique des universités de Paris et directeur de recherche. Il part une année aux États-Unis comme professeur de biostatistique et d’épidémiologie à l’université Harvard. Il revient en France, profondément marqué par son expérience américaine comme de nombreux chercheurs de sa génération, et chargé de trois malles pleines de bibliographie. Philippe Lazar dirige ensuite, à partir de 1977, l’unité « Recherche épidémiologique et statistique sur l’environnement et la santé » (U170). Ses travaux portent sur les effets des conditions de travail dans les différentes étapes de la reproduction humaine. Il est responsable à la même époque de la grande enquête périnatale d’Haguenau (Bas-Rhin) sur la prématurité. Au cours de ces années, Philippe Lazar investit l’administration de la recherche, au sein de commissions scientifiques spécialisées, et devient en 1981 président du Conseil scientifique de l’Inserm. Il est aussi désigné rapporteur général du grand « colloque sur la recherche et la technologie ». C’est un événement très mobilisateur qui s’inscrit dans un tournant favorable à une nouvelle structuration et orientation de la recherche.
En février 1982, Philippe Lazar est ainsi nommé directeur général de l’Inserm. L’Institut devient un établissement public à caractère scientifique et technologique (EPST). Le processus de réforme est engagé. Dans le premier numéro d’Inserm Actualités, le bulletin de liaison mensuel de l’Institut, Philippe Lazar le résume « en deux mots : accroître la démocratisation de l’organisme tout en renforçant la qualité des recherches effectuées ».
Garantir la liberté d’initiatives des chercheurs, accomplir les missions de recherche publique de l’Institut, préserver une capacité à l’innovation sont autant d’ambitions qui animent la direction de Philippe Lazar. L’organisme devait se hisser au premier rang, en répondant aux mêmes critères et aux mêmes évaluations que d’autres organismes de recherche comparables, en France et dans le monde.
Pour assurer la cohésion et l’accompagner dans la direction, Philippe Lazar s’entoure d’un Collège de direction scientifique, le « Codis », composé de chercheurs et d’hospitalo-universitaires, « une sorte d’élargissement du “cerveau” du directeur général, disait-il, avec une fonction de contrôle nécessaire pour que celui-ci ne prenne aucune décision arbitraire ».
De nombreux secteurs ont été ainsi transformés : gouvernance de l’Institut avec un rééquilibrage territorial de la recherche entre Paris et les régions – avec des administrations déléguées régionales –, reconnaissance de l’importance des sciences humaines et sociales pour répondre aux enjeux de santé publique, création des missions relations internationales et communication. C’est le moment de la construction d’une « culture de la recherche » vers un public large et en particulier les jeunes.
Alors que l’Institut s’insère de plus en plus dans les débats de société, Philippe Lazar joue un rôle majeur dans le lancement du Comité consultatif national d’éthique (CCNE) pour les sciences de la vie et de la santé, créé en 1983. Pour lui, l’objet de ce comité est « essentiellement de saisir la population des problèmes d’ordre moral posés par l’évolution des connaissances dans le domaine de la recherche médicale et en santé ».
C’est aussi sous sa direction et à son initiative que l’Inserm crée les « expertises collectives » sur des questions de santé publique. L’expertise collective de 1996 sur les risques liés à l’amiante connaît un retentissement de premier plan. Philippe Lazar voyait dans l’expertise collective un procédé révolutionnaire pour l’organisation de la recherche et pour l’aide à la décision.
C’est également à sa demande, en 1988, que s’organise le colloque sur l’avenir de la recherche clinique, qui ouvrira la voie aux premiers centres d’investigation clinique et aux instituts fédératifs de recherche (IFR).
L’engagement de Philippe Lazar va aussi à l’international, d’abord comme président du comité de gestion et de coordination de la recherche médicale et en santé de l’Union européenne (1987 – 1991), puis comme président de l’European Medical Research Council (EMRC) (1994 – 1996). L’Inserm prend en 1992 la présidence du Clora, le « club des organismes de recherche associés » à Bruxelles, avec pour objectif de renforcer les liens avec l’Union européenne.
Après avoir dirigé l’Inserm de 1982 à 1996, Philippe Lazar est nommé en 1997 président de l’Institut de recherche scientifique pour le développement en coopération (l’ancien Orstom), qu’il transforme en Institut de recherche pour le développement.
La vie et la carrière de Philippe Lazar furent marquées tout du long par un engagement profond pour la recherche publique et le bien commun. « Il fallait, disait-il, essayer d’avoir une intelligence collective, collégiale ». Ses publications, ses articles et ses activités éditoriales permettront à toutes et à tous d’en saisir l’héritage.