En 2025, l’Inserm a recruté 14 chercheurs pour renforcer la recherche en région Auvergne-Rhône-Alpes.
À travers leurs témoignages, ils et elles partagent leurs parcours, leurs engagements et les expériences — professionnelles comme personnelles — qui nourrissent leur démarche scientifique.
Découvrez Zoom Chercheur Inserm AuRA, l’interview de Bertille Montibus – laboratoire iGReD
Quel est votre parcours ?
J’ai un parcours assez classique pour une chercheuse en biologie. J’ai fait une licence de biologie à l’université de Limoges. Ensuite, j’ai souhaité me spécialiser un peu plus en génétique et j’ai fait un Master génétique à l’université de Bordeaux. À la fin de mon Master, j’avais encore envie de continuer à faire de la recherche parce que j’avais fait des stages qui m’avaient plu. J’ai cherché une thèse et j’ai trouvé un sujet qui me plaisait à Clermont-Ferrand. À la fin de cette thèse, je voulais poursuivre une carrière dans la recherche. Je suis partie pour un post-doctorat à Cambridge pendant deux ans, puis un deuxième post-doctorat à Londres pendant cinq ans. Ensuite j’ai souhaité revenir en France, j’ai obtenu un financement pour revenir à Clermont-Ferrand et après un an de post-doc, j’ai été recrutée à l’Inserm.
Pourquoi est-ce que vous avez choisi de postuler à l’Inserm ?
L’Inserm est un institut de recherche biomédicale avec une réputation internationale. C’est aussi une tutelle dans l’institut dans lequel je souhaitais développer mon projet de recherche, ce qui apporte les plateformes, les supports techniques et le soutien financier nécessaires. Mon projet est à l’interaction entre la recherche fondamentale et la recherche biomédicale, cela correspondait bien à la recherche qui y est menée.
Quel est votre thème de recherche et sur quoi travaillez-vous actuellement ?
Mon projet s’intéresse à comprendre quels sont les mécanismes qui peuvent conduire à des maladies rares, notamment les pathologies de l’empreinte parentale. Une de ces pathologies m’intéresse particulièrement : le syndrome de Mulchandani-Bhoj-Conlin. L’idée est d’essayer de comprendre la cause et les mécanismes qui conduisent à cette pathologie. Je travaille sur une paire de gènes soumis à empreinte parentale H13 et MCTS2 qui sont probablement impliqués. Ces gènes ne sont exprimés qu’à partir d’une seule des deux copies, celle qui provient du père ou celle qui provient de la mère. Quand il y a un problème dans ce contrôle, cela peut conduire à des pathologies. Donc L’idée est de comprendre si ces deux gènes sont impliqués dans cette pathologie.
Qu’est-ce que c’est que le syndrome de Mulchandani-Bhoj-Colin ?
C’est un syndrome récemment décrit en 2016. Les enfants atteints ont un problème de croissance pendant le développement dans l’utérus de la mère et après la naissance. À la naissance, ils présentent également des difficultés alimentaires et ont besoin d’être nourris par sonde. Cela peut être accompagné d’une hypotonie, c’est à dire une faiblesse musculaire. Comme la pathologie est récente, on n’a pas beaucoup de recul, mais certains enfants présentent aussi un retard développemental, notamment moteur et parfois du langage.
Pourquoi avez-vous choisi ce sujet et plus particulièrement cette maladie ?
Depuis ma thèse, je m’intéresse aux gènes soumis à empreinte parentale, qui sont fascinants parce qu’on a deux copies mais on en utilise une seule, ce qui les rends plus vulnérables que les autres. Je m’intéressais aux gènes H13 et MCTS2 d’un point de vue fondamental, à leur régulation et à leur rôle au cours du développement. Quand j’ai vu qu’ils pouvaient être associés à cette pathologie, je me suis intéressée à cette maladie, car cela fait le lien entre physiologie et pathologie.
Vos recherches consistent à trouver en premier lieu les causes de ces maladies ?
En premier lieu, il s’agit de comprendre le rôle normal de ces gènes et ce qui se passe quand ils sont dérégulés. Si on comprend cela, on pourra dire s’ils sont impliqués dans la pathologie. À long terme, l’idée est de pouvoir diagnostiquer plus de patients, notamment ceux en errance diagnostique qui ne connaissent pas la cause de leur maladie.
Est-ce que vous avez déjà trouvé les causes ou un remède ?
On est loin de trouver un remède. Pour cela, il faut d’abord comprendre les causes. On sait que la pathologie affecte le chromosome 20 et qu’il y a quatre régions soumises à empreinte parentale qui pourraient jouer un rôle, mais on ne connaît pas leur contribution exacte. Comprendre cela est essentiel, notamment pour améliorer le diagnostic.
Quels sont les grands enjeux ou questions de santé que vous essayez de répondre ?
Il s’agit d’améliorer le diagnostic des patients atteints de maladies rares, d’augmenter nos connaissances sur de nombreux gènes dont on ne connaît pas la fonction, et de comprendre comment une régulation fine du dosage des gènes est importante et comment sa dérégulation peut conduire à des pathologies.
Qu’est-ce qui vous épanouit le plus dans vos recherches ?
La liberté de pouvoir se poser des questions et d’y répondre tous les jours. J’aime aussi beaucoup la transmission, encadrer les étudiants, et les voir devenir chercheurs à leur tour.
Quels sont les principaux défis que vous avez rencontrés au cours de vos recherches ?
La recherche de financement pour mener les projets et pouvoir recruter des personnes pour travailler sur le projet. Un autre grand défi était d’obtenir un poste stable dans un milieu compétitif. Être recrutée à l’Inserm a permis de stabiliser ma situation et d’envisager un projet sur le long terme
Si on vous demande à quoi sert concrètement ce que vous faites, qu’est-ce que vous répondriez ?
L’idée est de mieux comprendre les maladies rares qui affectent des enfants dès leur plus jeune âge, pour à terme pouvoir les aider, anticiper l’évolution de leur pathologie et mieux comprendre ces maladies.
Quelles sont vos ambitions pour l’avenir, tant sur le plan personnel que professionnel ?
Mener ce projet à bien. Consolider le groupe de personne travaillant sur le projet, et à terme avoir ma propre équipe de recherche.
Quel message souhaiteriez-vous adresser au grand public ?
Que la recherche est très importante, qu’elle permet de mieux comprendre le monde qui nous entoure, qu’il faut la soutenir et continuer à faire de la bonne recherche en France.