Quels sont les grands projets scientifiques de cette rentrée ?
Didier Samuel : L’Inserm a lancé cet été le sixième programme d’impulsion sur la phagothérapie. Il démarre en septembre et annonce de nouveaux programmes d’impulsion début 2027.
Pour notre programme de recherche à risque, Impact santé, nous allons labelliser quatre nouveaux projets exploratoires, financés à hauteur d’environ 150 000 euros chacun. Les lauréats seront connus dans les prochaines semaines. Nous nous battons pour qu’il y ait une deuxième tranche complète du programme Impact santé, qui est une belle réussite, et nous sommes en négociation avec nos tutelles.
En parallèle, les trois programmes pilotés par notre agence de programme viennent de démarrer : Transcend-ID, sur les maladies inflammatoires chroniques doté de 22 millions d’euros, Prodrom-ND sur les maladies neurodégénératives, 18,5 millions d’euros, et Treasure, sur la transplantation, doté de 9 millions d’euros.
Toujours via l’agence de programmation, l’Inserm pilote la première tranche de France Vaccins sur quatre candidats vaccins pour 45 millions d’euros. Nous sommes en attente de la validation de la deuxième tranche qui comprend des chaires seniors et le projet Les 100 jours – c’est-à-dire la capacité de produire, en cas d’épidémie, un vaccin en moins de cent jours.
Nous sommes par ailleurs en attente de la décision du gouvernement pour le financement de PrevAction, le programme de recherche en prévention. Ce programme, financé à hauteur de 62 millions d’euros par France 2030, l’Inserm, l’Inca et le fonds de lutte contre les addictions, est attendu pour fin 2026 ou début 2027.
Malgré un contexte difficile, nous avons réussi à lancer un nombre conséquent de programmes de recherche d’envergure et nous maintenons un dialogue dynamique avec nos tutelles. Nous avançons car c’est important pour la communauté : c’est le sens de notre mission.
Une circulaire est parue cet été sur la délégation globale de gestion. Qu’est-ce que cela implique pour l’Inserm ?
D. S. : Il est demandé aux organismes et aux universités de mettre en place la délégation globale de gestion pour 40 % de nos unités d’ici à la fin d’année. Cela signifie la désignation d’un mandataire unique par site, pour faciliter la gestion des unités et la vie des chercheurs et des chercheuses.
Pour atteindre cet objectif, nous travaillons à la fois site par site avec tous nos partenaires et au niveau national. L’année prochaine, étendre la délégation globale de gestion à d’autres sites fera partie d’un travail supplémentaire, mais pour l’instant nous nous concentrons sur ces 40 %.
Cette évolution sera positive pour les unités : plus de fluidité, une gestion plus facile, une meilleure lisibilité du budget global. Cela devrait améliorer le fonctionnement des unités, sans impact négatif sur les personnels.
Nous sommes entrés dans la période de vote du budget de l’État. À quoi peut-on s’attendre pour 2027 ?
Le gouvernement a déposé son projet de budget 2027 dont je n’ai pas les détails. En revanche, ce que l’on sait, c’est que malgré des économies annoncées, le budget du ministère de la Recherche devrait être en légère augmentation.
Certaines mesures salariales seront compensées : le compte d’affectation spéciale (CAS) Pensions 2026 a été compensé à hauteur de 80 % et la complémentaire santé à 100 %. D’autres mesures comme le CAS Pensions 2025 et le demi-point d’indice Guérini ne sont en revanche pas incluses dans la subvention de charge du service public. Cela représente, pour l’Inserm, une charge entre 17 et 20 millions d’euros par an.
Pour l’instant nous manquons encore d’informations sur la loi de programmation de la recherche (LPR) pour 2027 et sur les financements France 2030, mais au global, le budget direct de l’Inserm devrait être préservé.
L’un de nos points d’attention est le budget de l’Agence nationale de la recherche (ANR). En effet, il ne faut pas perdre de vue que sur notre budget d’1,3 milliard d’euros, 700 millions viennent de la subvention d’État. Les 600 millions restants sont issus des ressources propres dont les trois piliers sont les contrats de l’ANR, les contrats de France 2030, et les contrats européens. Ce dernier point traduit le dynamisme des équipes de recherche Inserm qui ont été lauréates de nombreux projets. Donc, toute diminution du budget de l’ANR ou de France 2030 affectera le budget recherche de l’Inserm.
Ces éventuelles diminutions budgétaires n’auraient pas d’impact fort sur l’Institut en 2027 mais elles en auraient dans un futur proche.
Je ne néglige pas le besoin d’un fort investissement national dans la recherche. Mais pour cette raison, il est aussi important que les chercheurs et les chercheuses aillent décrocher les contrats européens. D’autant plus qu’en janvier 2028 démarrera FP10, le programme cadre successeur d’Horizon Europe, dont le budget devrait être augmenté, probablement doublé.
Dans cette optique, l’Inserm mène une politique proactive pour aider les chercheurs et les équipes de recherche à déposer des projets européens, que ce soit au Conseil européen de la recherche (ERC), au Conseil européen de l’innovation (EIC) ou à Horizon Europe, mais aussi, pour les aider à être lauréats.
C’est une rentrée dynamique à la direction de l’Inserm. Pouvez-vous nous parler des mouvements en cours ?
D. S. : En effet, il y a un mouvement de renouvellement de postes de direction à l’Inserm. Ces postes sont très attractifs et nous avons reçu beaucoup de candidatures de qualité.
Nous sommes en voie de recrutement d’un nouveau directeur général délégué à l’administration ou d’une nouvelle directrice. Ce recrutement devrait être effectif d’ici quelques semaines. Nous sommes également en train de recruter le nouveau directeur ou la nouvelle directrice de l’agence de programmes de recherche en santé. Enfin, nous avons eu le plaisir d’accueillir, dans la région Paca et Corse, notre nouvelle déléguée régionale, Aline Moulin, qui est arrivée le 1er septembre.
Quels sont les prochains rendez-vous majeurs de l’Institut ?
D. S. : Le 2 octobre, il y a eu l’ouverture du bureau de Tokyo, le premier bureau Inserm en Asie.
Nous signons un certain nombre d’accords avec de grandes institutions japonaises, des universités et des organismes de recherche nationaux. Ce bureau a vocation à être présent pour le Japon, mais aussi pour l’Asie dans son ensemble, notamment les pays proches comme la Corée du Sud, Taïwan, la Chine ou encore Singapour.
Sur ce volet international, je souhaite ajouter un point à l’attention des chercheurs et des chercheuses. J’ai parlé de l’importance des appels à projets européens. Horizon Europe fait preuve d’une grande attractivité pour beaucoup de pays non européens : la Grande-Bretagne est revenue, la Suisse, la Corée du Sud, le Japon, l’Australie et le Canada vont y participer. Ces pays, bien sûr, financent leur participation. Pour les chercheurs français, cela augmente la compétitivité mais c’est aussi l’occasion de monter des projets collaboratifs, avec des non Européens, financés par l’Europe. Ces collaborations peuvent apporter, sur le plan scientifique, une énergie nouvelle.
Au niveau national, nous avons doté tous les agents de l’Inserm d’outils d’IA souverains, et nous sommes heureux que chacun puisse, s’il le souhaite et en fonction de ses besoins, accéder à des outils sûrs et utiles au travail quotidien.
Concernant la politique institutionnelle, nous sommes en train de décliner notre politique scientifique, site par site. Nous avons signé ces dernières semaines des conventions triparties (Inserm/CHU/Université) à Nantes, Poitiers et Tours et, le 15 octobre, nous signerons une convention-cadre avec l’AP-HP. Grâce à ces conventions, mon but est de consolider le bloc recherche en santé avec l’ensemble des partenaires et de supprimer le travail cloisonné, pour mieux définir les stratégies scientifiques des sites avec mise en commun de moyens pour soutenir la recherche.
Autre moment phare des prochains mois : la remise des Prix Inserm le 26 novembre. Ce rendez-vous majeur permet à l’Institut de mettre en valeur ses chercheurs et ses chercheuses d’excellence auprès de toute la communauté.
Enfin, dans un autre registre, les élections professionnelles ouvriront dans les semaines à venir. J’incite fortement les personnels à se mobiliser pour choisir leurs représentants dont le rôle est essentiel à la vie démocratique de l’Inserm.