Bibliosphère : l’accessibilité au service de la recherche

Conçu pour les étudiants et les chercheurs, Bibliosphère est un outil de gestion de références bibliographiques pensé dès l’origine pour les personnes déficientes visuelles. Son architecture a été développée pour fonctionner avec les lecteurs d’écran, les agrandisseurs et les plages braille.

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Ces boutons servent à modifier la taille des textes /

L’accessibilité numérique consiste à rendre les contenus et services numériques compréhensibles et utilisables par les personnes en situation de handicap. 

À l’origine de Bibliosphère, il y a l’expérience de Maxime Lokietek, doctorant non-voyant au sein de l’unité Mitovasc (Inserm, Université de Lorraine). Au fil de la rédaction de son mémoire, et avec plus de 75 références à gérer, l’idée d’un travail bibliographique “à la main” est vite devenue intenable. Comme beaucoup d’étudiants et de chercheurs, Maxime s’est d’abord tourné vers l’outil Zotero, mais l’expérience s’est vite révélée frustrante. « Zotero n’a jamais été réellement accessible » résume-t-il. Malgré quelques évolutions, l’outil reste à ce jour peu exploitable dans un usage quotidien avec des outils d’assistance. 

Confronté aux limites des outils bibliographiques classiques dans son propre parcours, il a imaginé une solution adaptée aux usages des personnes en situation de handicap visuel, avec le soutien de Manuel Faouen, également non-voyant et développeur du projet. Aujourd’hui, Bibliosphere repose exclusivement sur des financements obtenus dans le cadre d’appels à projets. L’outil bénéficie également du soutien de 16 établissements d’enseignement supérieur parmi lesquels l’université Paris-Saclay, l’ENS de Lyon ou encore la Haute École spécialisée de Suisse occidentale.

Gestion des références bibliographiques plus rapide

Chercher une référence, organiser sa bibliographie, l’exporter ou la partager, Bibliosphère se présente comme une alternative accessible aux outils bibliographiques généralistes. Par exemple, les boutons de l’interface sont placés de façon à être repérés plus facilement par les lecteurs d’écran. La circulation dans l’interface suit une logique simple, d’une balise à l’autre, d’un en-tête à l’autre. Les raccourcis sont pensés pour rester cohérents avec ceux classiquement utilisés par les personnes malvoyantes, ce qui limite l’effort de mémorisation de nouvelles commandes, dans un contexte déjà très sollicitant sur le plan cognitif.

Au plus près des usages réels

Pendant un an, l’outil a été testé par 15 bêta-testeurs, tous en situation de déficience visuelle, mais issus de disciplines variées : kinésithérapie, bioinformatique, littérature étrangère, physique… Cette diversité a permis de balayer un large éventail de situations et de confronter l’outil à des usages différents.

Les retours ont aussi ouvert des perspectives inattendues. Des personnes dyslexiques ont manifesté leur intérêt pour Bibliosphère, notamment grâce à son interface épurée et le recours à la police Luciole, particulièrement lisible.

Dans cette logique, des expérimentations sont également en cours pour tester Bibliosphère auprès d’étudiants sans déficience visuelle. L’objectif est d’évaluer son usage dans des parcours de formation classiques, où l’apprentissage d’un outil bibliographique est souvent chronophage pour une utilisation finalement ponctuelle.

Le conseil d’administration de l’association s’appuie sur trois chercheurs, et les choix de développement s’inscrivent dans une démarche scientifique de recherche sur l’accessibilité. Bibliosphère est également développé avec l’appui de plusieurs écoles et universités, ce qui permet de confronter l’outil à des usages réels en contexte de formation. 

Ouvrir l’accès aux ressources scientifiques

Aujourd’hui, Bibliosphère reste d’abord un gestionnaire de références bibliographiques. Mais le projet prend de l’ampleur. D’autres modules sont en préparation, avec une ambition plus large : aider à rendre accessibles des ressources académiques qui ne le sont pas toujours nativement.

L’un des chantiers concerne les PDF. Le constat de départ est sévère : seulement 3,2 % des articles de recherche seraient aujourd’hui réellement accessibles, selon une étude menée sur plus de 20 000 articles scientifiques. L’idée est donc de permettre à l’utilisateur de déposer un document non lisible dans Bibliosphère et d’obtenir une version accessible, avec une mise en page adaptée et des schémas rendus exploitables. À plus long terme, l’équipe envisage également d’étendre cette approche aux supports de cours diffusés sous forme de PDF ou de présentations PowerPoint.

L’application est aussi en cours de refonte totale. Bibliosphère ne gère pour l’instant que deux styles de citation bibliographique : APA et Vancouver. Ces deux normes le rendent surtout adapté aux sciences de la santé. La prochaine étape vise à élargir ce périmètre pour couvrir un spectre plus large de ressources bibliographiques.