Remplacer, réduire et raffiner l’utilisation des animaux

En France et en Europe, l'utilisation des animaux à des fins scientifiques est encadrée par l'une des réglementations les plus strictes au monde. L'objectif est clair : concilier bien-être animal et excellence scientifique. L'Inserm ainsi s'inscrit dans la démarche des 3R : remplacer les modèles animaux quand cela est réalisable, réduire au strict minimum leur utilisation, et raffiner les pratiques afin de garantir le meilleur bien-être possible.

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L’utilisation des animaux dans la recherche ne se fait jamais au hasard. Chaque projet de l’Inserm nécessite une évaluation par un comité d’éthique sur l’usage des modèles animaux à des fins scientifiques agréé par le ministère chargé de la recherche. La participation volontaire à ces comités est d’ailleurs valorisée et reconnue par le pôle Infrastructures de l’Institut. Celui-ci soutient également le développement de méthodes de raffinement, pour supprimer, limiter ou soulager la douleur et la détresse des animaux, mais aussi d’alternatives à leur utilisation.

Une recherche animale responsable

Pour renforcer l’implémentation concrète des 3R, l’Inserm a cofondé en 2021 le groupement d’intérêt scientifique FC3R et le préside, dans le but de promouvoir de nouvelles méthodes, non animales, mais aussi d’accompagner une recherche animale responsable. « Si les animaux sont voués à prendre part à la recherche, autant que ce soit dans les meilleures conditions possibles », explique Athanassia Sotiropoulos, directrice du FC3R. À cet effet, le centre met à disposition des guides et référentiels de bonnes pratiques sur l’utilisation des modèles animaux à des fins scientifiques et propose en libre accès de nombreuses informations. Il récompense aussi des personnes qui s’engagent de façon exemplaire en faveur des 3R en France.

Pour encourager les scientifiques à améliorer leurs protocoles expérimentaux et à utiliser des méthodes substitutives, le centre propose des webinaires mensuels, suivis en moyenne par 600 participants. L’Inserm s’est aussi inspiré du centre 3R britannique et de son logiciel gratuit EDA, qui guide les scientifiques dans la conception d’expériences robustes et reproductibles. Sur ce modèle, l’Institut a organisé en 2025 des ateliers dans plusieurs villes de France afin d’apprendre à exploiter au maximum le potentiel de chaque animal. Dans cette optique, le FC3R offre également la possibilité aux chercheurs de publier des résultats positifs mis à l’écart, négatifs ou non concluants. Ces shorts notes sont comptabilisées dans les dossiers d’évaluation des chercheurs Inserm depuis 2025 et reconnues par sa Charte de la science ouverte. L’institut, également signataire de la Charte de transparence sur le recours aux animaux à des fins scientifiques et réglementaires, mène une politique de soutien aux projets scientifiques qualitatifs et transparents.

Des méthodologies innovantes

Les directives européennes sont strictes. Le recours aux modèles animaux à des fins scientifiques est proscrit s’il existe une alternative qui permette d’obtenir des données équivalentes. « Plus les méthodes substitutives deviendront avancées et pertinentes, et plus il sera possible de s’affranchir de modèles animaux, argumente Athanassia Sotiropoulos. La France doit être force d’innovation. Si elle ne le fait pas, d’autres pays le feront. » L’Inserm, qui investit en masse dans ces nouvelles méthodes, a notamment signé en avril 2025 un protocole d’entente avec l’Institut coréen de toxicologie en vue d’en développer.

Plus les méthodes substitutives deviendront avancées et pertinentes, et plus il sera possible de s’affranchir de modèles animaux. La France doit être force d’innovation.

L’Inserm finance également des appels à projets dédiés, notamment via le FC3R. En 2025, un premier a sélectionné 15 projets de remplacement proposant une nouvelle stratégie, méthode ou technologie qui favorisent les 3R. L’appel sur le raffinement, encore en cours de délibération, a déjà reçu une cinquantaine de candidatures. De même, l’Inserm copilote avec Inria le programme et équipement prioritaire de recherche (PEPR) Santé numérique. Il soutient ainsi les technologies numériques qui, couplées aux connaissances physiopathologiques et aux données médicales ou biologiques, permettent d’élaborer des « jumeaux numériques », c’est-à-dire des représentations numériques d’un organe ou d’un organisme, et de simuler leur évolution. « Bien que les jumeaux numériques ne soient pas – encore – suffisamment complets et robustes à toutes les échelles pour remplacer les modèles animaux, ils peuvent déjà dégrossir et affiner les hypothèses pour les options expérimentales, en amont des recherches sur l’animal, afin de réduire leur utilisation globale », explique Lotfi Senhadji, directeur scientifique du programme.

L’Inserm mise aussi beaucoup sur les organes et organoïdes sur puces : ces modèles humains in vitro qui miment une ou plusieurs fonctions d’un organe sont en effet plus précis que des tests in vitro classiques et plus éthiques que les essais sur animaux. Aux côtés du CEA et du CNRS, l’Institut copilote notamment un PEPR sur cette thématique. Lancé en juillet 2024 et doté de 48,4 millions d’euros sur six ans, le programme a déjà financé quatre projets et neuf autres ont été sélectionnés dans le cadre de l’Agence nationale de la recherche. Le PEPR œuvre aussi pour favoriser la montée en compétences, le développement de collaborations internationales et le transfert de savoir-faire avec une aide à la mobilité européenne. « Pour que les organes et organoïdes sur puce remplacent un jour les animaux dans la recherche, il faut une acculturation globale sur ces systèmes. Les scientifiques doivent comprendre que ces outils existent et qu’ils sont accessibles », détaille Maxime Mahé, directeur scientifique du PEPR dédié. « La dimension éthique à la recherche sur les organoïdes et les dons de cellules a, elle, été abordée par le comité éthique de l’Inserm au sein du projet européen Hybrida, achevé en 2024 », ajoute Corinne Sebastiani, membre du comité. Ce dernier a notamment rédigé en 2025 des articles sur les métadonnées associées à ces organoïdes et sur le consentement à l’utilisation des échantillons à cette fin. Il a aussi proposé d’incorporer une liste de bonnes pratiques au Code de conduite européen pour l’intégrité en recherche.

Cataloguer et rassembler les initiatives françaises

Ainsi de nombreuses initiatives de substitution naissent, mais ont du mal à se faire connaître. En France, dès 2016 on observe un effort de référencement. « Pour avoir une vision globale de la réalité de l’utilisation des organoïdes en France, nous avons identifié et structuré en groupement de recherche national les équipes qui développaient ces modèles », détaille Audrey Ferrand, chercheuse et présidente du comité scientifique du FC3R.

Cette initiative, transformée en 2025 en réseau thématique Organoïdes sous la double tutelle Inserm-CNRS, regroupe près de 120 équipes de recherche (soit plus de 300 membres), un réseau de plateformes, baptisé Ribbon, dont 13 dédiées à la production et 5 à des fonctions support, et 25 partenaires industriels. Résultats : 50 modèles organoïdes standardisés mis à la disposition de la communauté scientifique en 2025 et 100 disponibles début 2026.

50 Nombre de modèles organoïdes standardisés mis à la disposition de la communauté scientifique en 2025

Vers la fin des modèles animaux ?

« On a la chance d’avoir des chercheurs qui veulent se mobiliser et s’investir pour réduire l’utilisation du modèle animal, affirme Maxime Mahé. L’Inserm suit une trajectoire dynamique qui va permettre d’atteindre cet objectif. » En France, entre 2021 et 2024, le nombre de procédures qui utilisent des animaux a déjà diminué de 22 %. Corinne Sebastiani y voit « une conséquence de l’investissement dans les méthodes alternatives, qui réduisent effectivement l’utilisation de modèles animaux. Mais ils ne les remplaceront pas complètement, si ce n’est pour des questions réglementaires. Les instances françaises imposent en effet notamment deux modèles animaux (rongeurs et primates ou grands vertébrés) lors des demandes d’autorisation d’essai clinique. »

La philosophe Antonine Nicoglou, chercheuse au sein de l’unité Inserm Ibrain à Tours, a publié de nombreux travaux en 2025 sur les origines et modalités de l’usage des modèles animaux à des fins scientifiques. Pour elle, « avant d’acter la suppression de la recherche animale et de soulever les questions éthiques, il faut s’interroger sur les enjeux scientifiques et sur nos pratiques. Le modèle animal n’est pas toujours pertinent, et on peut déjà se demander s’il est nécessaire d’employer tel ou tel modèle animal dans telle ou telle situation. »

« Aujourd’hui, nous sommes confrontés à des limites scientifiques. Il n’y a pas un modèle idéal, ajoute Serban Morosan, directeur de l’unité Phénotypage du petit animal à Paris. Il ne s’agit plus d’opposer recherche sur l’animal et nouvelles méthodes mais de les penser comme des approches complémentaires. » Il a animé une journée organisée par l’Inserm et le CNRS en décembre 2025 consacrée aux 3R et à la complémentarité entre modèles animaux et approches alternatives, au cœur d’une démarche scientifique éthique et conforme au principe des 3R. Les intervenants ont souligné la nécessité de renforcer la transparence, la communication et le dialogue entre les différents acteurs et avec la société pour que les enjeux et les objectifs soient mieux compris de tous.

Cet article est extrait du rapport d’activité de l’Inserm. Retrouvez le rapport complet ici.