L’équipe de recherche dirigée par le Dr. Mauro Gaya, du Centre d’Immunologie de
Marseille-Luminy (CIML – Aix Marseille Université/Inserm/CNRS), vient de découvrir
pourquoi notre système immunitaire ne se souvient pas de la même manière selon qu’une infection touche les poumons ou l’intestin. Publiée le 17 juillet 2026 dans la revue Science Immunology, cette étude, menée chez la souris, ouvre des pistes pour mieux concevoir les futurs vaccins nasaux et oraux.
Une mémoire immunitaire à deux vitesses
Après une infection, notre corps garde en mémoire l’agent qui l’a attaqué, grâce à des cellules immunitaires appelées lymphocytes B. Deux stratégies existent :
- certaines cellules deviennent des usines à anticorps, qui en fabriquent en
continu, jour après jour ; - d’autres restent en veille, prêtes à se réveiller rapidement si le même microbe
revient.
On savait que ces deux stratégies coexistent, mais on comprenait mal ce qui décide, à un endroit donné du corps, laquelle prend le dessus.
Les poumons misent sur la vigilance, l’intestin sur la production continue
En infectant des souris au niveau des poumons (grippe, bactérie Klebsiella) ou de l’intestin (salmonelle, Klebsiella), les chercheurs ont observé une différence frappante :
- dans les poumons, la mémoire immunitaire mise avant tout sur les cellules «
en veille », capables de réagir vite face à une nouvelle souche de virus ; - dans l’intestin, elle mise au contraire sur les usines à anticorps, qui produisent
en continu de grandes quantités d’anticorps.
Fait notable : ce choix ne dépend pas du microbe en cause, mais bien de l’organe lui-même. Un même microbe entraîne des réponses différentes selon qu’il infecte les poumons ou l’intestin.
Un anticorps typique de l’intestin, l’IgA, tire les cellules vers la production
continue
L’équipe a cherché ce qui, dans l’intestin, pousse les cellules immunitaires à privilégier la production d’anticorps plutôt que la mise en veille. La réponse se trouve du côté d’une molécule bien connue des intestins : l’IgA, une classe d’anticorps particulièrement présente dans les muqueuses digestives.
L’intestin abrite naturellement des milliards de bactéries « amies » (le microbiote).
Cette présence massive de bactéries pousse l’organisme à produire une molécule appelée TGF-β, qui incite les lymphocytes B à fabriquer des IgA plutôt que d’autres
types d’anticorps. Or, les cellules qui portent ce récepteur IgA à leur surface sont
justement celles qui s’orientent le plus volontiers vers la fabrication continue
d’anticorps.
Une découverte surprenante sur un petit bout de molécule
En regardant de plus près la structure du récepteur IgA, les chercheurs ont mis le doigt sur un mécanisme inattendu. Ce récepteur possède une courte extension à l’intérieur de la cellule. Logiquement, on aurait pu penser qu’affaiblir le signal transmis par cette extension freinerait la production d’anticorps. C’est l’inverse qui s’est produit : quand les chercheurs l’ont supprimée, les cellules se sont encore davantage engagées vers la fabrication d’anticorps, car elles étaient mieux protégées contre un stress interne qui, sinon, les pousse à mourir.
Autrement dit, un signal plus « doux » aide certaines cellules à survivre et à se transformer plus facilement en usines à anticorps.
Pourquoi c’est important
Ces résultats montrent que notre organisme adapte sa stratégie de défense à chaque muqueuse, en fonction de son environnement microbien. Comprendre ces mécanismes est précieux pour la conception de vaccins administrés par le nez ou par la bouche, afin qu’ils déclenchent, dans chaque tissu, le type de mémoire immunitaire le plus protecteur.
Voir la publication : https://www.science.org/doi/10.1126/sciimmunol.adv1149

Contact chercheur
Mauro GAYA
Chargé de recherche Inserm
Centre d’immunologie de Marseille-Luminy (CIML – amU/Inserm/CNRS)
Equipe : B cell immunity to infection